Fin d’une histoire

Demain – 1er septembre – aurait marqué mon cinquième mois de relation avec Jana… 5 mois, c’est énorme, surtout quand une relation ne nous satisfait pas plus que ça. Quand, au milieu des discordances, on passe malgré tout de très agréables moments, on finit par s’attacher, c’est ainsi. Et l’habitude étant de mèche avec le temps qui passe, les semaines finissent par construire une relation qui n’a plus grand-chose à voir avec une petite amourette. On finit par se demander si quelque part on n’est pas en train de faire perdurer une relation pas aussi épanouissante qu’on ne veut bien se l’avouer.

Jana est une fille intelligente, vive, qui sait prendre des initiatives. Elle a un caractère affirmé, de l’énergie et de l’ambition. Elle a aussi des valeurs que je partage. Sous ses allures de jeune fille sage limite coincée se cachent de nombreuses surprises (pas toujours agréables). Elle est sexy (un 36, ça me fait toujours craquer !) et a des atouts sexuels indéniables. Tout ceci fait partie de ce qui m’a séduit, m’a donné envie d’être et de rester avec elle jusqu’à maintenant.

Je ne serais pas resté aussi longtemps avec Jana si je n’avais trouvé de qualités à notre relation. Seulement voilà, au milieu de tous ses atouts, il y a toujours eu quelque chose que je n’ai pas su discerner et qui me désenchantait illico quand je me laissais aller à profiter du moment présent avec elle. Nous communiquions parfois très mal et j’ai souvent pensé que c’était dû à une divergence d’opinions, un état d’esprit ou des centres d’intérêts différents. Si c’était parfois le cas, le problème est autre : elle manque cruellement de curiosité. C’est ce qui mettait souvent fin à des amorces de conversation que j’engageais naturellement avec elle. A bien y réfléchir, en dehors de son quotidien direct – ses loisirs, son travail, ses amis – quasiment rien ne l’intéressait. Pas suffisamment en tout cas pour qu’elle soit capable d’en parler plus d’une minute, montre en main. Résultat : je partais quelques fois dans des monologues qui n’étaient pas censés en être mais qui ne rencontraient personne…

Un ami me confiait que la curiosité est un tempérament beaucoup plus rare qu’on ne pourrait le croire et que la majorité des gens ne s’intéressent pas à grand-chose. Je crois qu’il n’a pas complètement tort et je trouve ça dramatique.

Jana et moi n’attendions pas le nirvana l’un de l’autre et c’est ce qui a fait que j’ai toujours réussi jusque là à supporter (ou ignorer) le manque de diversité de nos conversations. Mais un déclic s’est fait il y a une dizaine de jours et m’a fait sortir de ma torpeur. Deux gouttes de trop qui m’ont fait me demander ce que je faisais là.

Vous allez peut-être trouver ça anecdotique sorti de son contexte mais ceci fait suite à un ensemble de petites frustrations que j’ai eu tendance à accumuler. Jana collectionne les films de Walt Disney en DVD. Je lui en avais emprunté quelques uns et, ravi de pouvoir parler avec une relative spécialiste, je lui relate ce que j’en ai pensé. J’ai trouvé Merlin L’Enchanteur sympathique (je ne l’avais pas revu depuis longtemps) mais – à ma grande surprise – techniquement très en dessous des premières productions Disney / époque Blanche Neige. Je savais qu’il y avait eu des variations dans les budgets des films Disney au cours des décennies mais ne savait quand exactement. Je sens qu’elle ne me suit pas dans mes remarques et elle finit par me répondre que ça ne l’intéresse pas de savoir comment ça a été fait, qu’elle regarde juste les DVDs et se contente de voir si l’histoire lui plaît ou pas. Point. Pour ce qui est du reste – la qualité de l’animation et tout ça – elle n’y connaît rien et elle s’en fout ! Que voulez-vous répondre à ça ? Dans l’instant, je suis juste choqué, frustré, refroidi.

Idem le soir même : comme elle ne suit jamais les news (elle a toujours une juste raison pour cela), je tentais de l’informer sur les « grands titres », notamment sur le retrait par les israéliens de la bande de Gaza, ce qui est quand même un tournant historique dans ce coin du monde. Elle me répond quelque chose comme : « Ca y est ?! Depuis le temps qu’ils en parlaient ! ». Toujours à l’affût de ce qui pourrait l’intéresser, je lui demande si elle connaît un peu l’histoire de cette région. Elle me répond que non et que… ça ne l’intéresse pas ! 😐

Notez que je ne suis pas un prof d’histoire qui lui fait régulièrement des cours, que nous nous connaissons bien, qu’il n’y a pas de malaise entre nous à ce moment là, que c’est dans le cadre d’une très agréable soirée que nous passons ensemble dans un restaurant marocain et qu’elle me dit tout ça… le plus naturellement du monde !

Je crois que l’indifférence, c’est pire que l’ignorance.

Force est de lui reconnaître un don certain pour me clouer le bec.

Bref, tout ceci m’a rappelé d’autres épisodes du même genre. Quelques mois plus tôt, dans un supermarché, j’aperçois une liste de courses traînant par terre et je fais gaiement remarquer à Jana qu’il existe des collectionneurs de listes de courses qui ramassent ce genre de choses ! Elle trouve ça complètement débile. Aussi, je lui fais remarquer qu’en soi, ce n’est pas plus idiot que de collectionner des timbres puisqu’une liste de courses en raconte au moins autant que n’importe quel timbre : époque, goûts, situation familiale, profil social, etc. et que ça doit sans doute pouvoir être amusant de retrouver la vie des gens à partir de leurs habitudes de consommation. Mais elle s’obstine à trouver ça idiot et ne comprend même pas qu’il soit possible de partir dans un tel sujet de conversation ! Je croyais simplement qu’on n’était pas dans le même « trip » et même si ça reste vrai, je me rends compte que c’était surtout parce que Jana ne s’intéresse en général pas à ce qui est en dehors de sa bulle.

En dehors de ça, Jana aime souvent les mêmes films (subtils) que moi. Elle a emporté ses livres de Boris Vian quand on est partis au bord de la mer. La première fois qu’on s’est rencontrés, elle m’a confié qu’elle aimait regarder les gens dans la rue et imaginer leur vie. Etc, etc. Comment mes cartes ne seraient-elles pas brouillées ?

Je me suis dit qu’il était plus que temps que nous arrêtions de nous voir. Nous avions cassé / repris 2 fois déjà et restions ensemble parce que notre relation nous « suffisait » pour le moment. Même si c’est toujours difficile de se séparer parce que l’affection est là, je me rends compte que nous parlions de moins en moins, que je m’ennuyais souvent avec elle, que j’en ai perdu l’enthousiasme de passer une soirée à deux. Le sexe, ça ne fait pas tout.

Je lui ai fait part de ma décision ce week-end (sans trop rentrer dans les détails du pourquoi-comment). Elle a un peu pleuré. Je l’ai prise dans mes bras. Nous avons fait l’amour. Et nous nous sommes quittés après un dernier baiser.

***

Dimanche, elle m’a envoyé un petit SMS où elle me disait :

« Malgré notre manque de communication, j’ai passé de très bons moments avec toi et je garde précieusement tous ces beaux souvenirs quand je pense à toi. »

A(chat)rnement

Tchic, tchac… Contraint, je sors d’un rêve que j’ai déjà oublié mais mes yeux ne se sont pas encore ouverts et je suis prêt à me rendormir illico pour peu qu’on m’en laisse l’occasion… Mais non : toutes les dix secondes, des petits bruits viennent exciter mes oreilles et me font remonter la pente de la conscience que je m’empresse d’essayer de redescendre. Dans ce jeu infernal de yo-yo, je ne cesse de perdre du terrain. Des grattements, des bruits d’objets qu’on déplace, des clapotis, des bruissements de sac en plastique… C’est dimanche et cela fait deux jours de suite que le chat nous réveille à 07h30 du mat’…

Je ne fais pas partie des bougons qui sont de mauvaise humeur quand on les réveille mais à force, ça a de quoi être agaçant. Jana m’explique que c’est parce que son chat « n’est pas habitué à ce qu’il y ait quelqu’un à la maison. ». Pour d’autres raisons, c’est souvent elle qui est venue dormir chez moi jusqu’à maintenant. Ne vous mariez jamais sans tout tester.

Impossible de mettre le minou dans un autre pièce, sans quoi il miaule et gratte à la porte et en profitera le moment venu pour uriner sur le lit afin de manifester son mécontentement.

Je ne suis pas très porté sur les petits compagnons à poils ou à plumes, je préfère les animaux en liberté. Un animal de compagnie, ça reste sympathique tant que ça ne devient pas un poids. Ne pas pouvoir improviser de week-end à cause de son animal, ne pas pouvoir ouvrir les fenêtres en plein été parce qu’il s’échapperait, se faire réveiller n’importe quand… j’avoue que j’ai du mal à comprendre. J’ai un couple d’amis qui assure un service 24/24 à leur chat : l’animal court après les femelles dehors et rentre tous les 2 ou 3 jours en pleine nuit pour manger : la fille se lève à 3 heures du matin pour lui ouvrir la porte et lui chercher une boîte de conserve. Authentique ! Sachez qu’elle se lève à 6 heures pour aller travailler… (les plus freudiens d’entre vous auront compris qu’ils n’ont pas (encore) d’enfants). Bref : surréaliste !

Le chat de Jana est malgré tout un mignon petit minou pas agressif pour un sou et qui ronronne quand on le caresse, certes ! Il faut juste faire abstraction du fait qu’il mange les plantes, qu’il boit dans l’eau des vases, qu’il marche sur la table et dans votre assiette, qu’il met les pattes dans votre verre, qu’il se lèche l’orifice du rectum sur le lit quand vous entreprenez d’y faire un câlin, qu’il vous réveille le matin, qu’il fait ses griffes sur les canapés et sur vos vêtements si vous les laissez traîner…

Aussi, sachant tout ce qui découle du « privilège » de posséder un chat, je suis toujours fasciné par les demoiselles de Meetic qui ont décidé de s’exhiber devant tout le monde avec leur animal. Je me demande parfois si ça n’est pas pire que d’avoir un enfant.

Un chat, c’est tout de même relativement indépendant, comparé à d’autres animaux, et ça vous fiche la paix le moment venu. Un de mes plus gros cauchemars serait de me retrouver dans un lit avec une demoiselle et son berger allemand en guise de compagnie : étiré en longueur, tirant la langue, exhalant son haleine canine… il ne manquerait plus qu’il me fixe de ses petits yeux noirs inexpressifs pendant que j’honorerais sa maîtresse…

Note : Il n’y a qu’un seul toutou que je rêve d’avoir, c’est celui-ci !