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Se jeter à l’eau… ou plutôt dans la boue…
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J’ai donc écrit le premier mail que j’allais lui envoyer et qu’il a fini par publier ici : masochiste je suis pour y avoir consenti, même passivement. On m’a suffisamment rabâché la nécessité de se relire « à froid ». Je me suis donc laissé la nuit pour y jeter un œil le lendemain. Je peux aisément comprendre qu’on trouve la lecture de ce que j’écris laborieuse que ma réticence à me relire illustre aisément [NDLR : rédigé antérieurement aux commentaires]. Le lendemain, je jette un œil à ce que j’ai écrit et j’envoie le mail au profil Meetic. Manière très personnelle de relire : j’évite soigneusement ce dont je ne suis pas satisfaite, sachant pertinemment que nous ne trouverons jamais de compromis mon auto-correcteur et moi si je marque l’arrêt trop ouvertement sur les parties lacunaires. Je l’ai finalement envoyé avant d’avoir trop regardé ce que j’avais couché sur l’écran parce que connaissant ma manière de procéder, je ne l’aurais jamais envoyé et ça aurait fini – à juste titre – par me faire hésiter.
Je ne mentirais pas en indiquant que j’ai hésité avant d’envoyer le premier mail, n’étant pas totalement certaine de revendiquer la dimension, disons très enjouée, très jeune et très « très » en somme… Non pas que ce n’était pas moi ! Mais simplement être « autant » moi rendait probable le fait qu’il n’apprécie pas les mails. L’hésitation n’a pas été très longue puisque j’ai compris qu’il y avait deux hypothèses : soit il accroche, soit il n’accroche pas (j’ai oublié d’indiquer en prologue que j’étais d’une perspicacité renversante).
Dans le premier cas, si je consentais à faire quelques compromis pour rendre mon mail plus conventionnel, j’atténuais justement ce qui pouvait le faire accrocher (en plus de me travestir, ce qui ne me plaît pas des masses).
Dans le second cas, si je consentais à faire ces fameuses concessions, je n’atténuais pas grand-chose puisque le mail resterait « teinté de moi » mais aurait également un peu perdu de son âme : il n’accrocherait donc pas davantage et j’aurais dénaturé ma façon de voir les choses ce qui aurait donné un truc fade au possible. J’ai donc opté pour le naturel. On dirait la morale d’un dessin animé qui expliquerait pourquoi il ne faut pas mentir… Sauf que là ce n’était pas une question de principe mais une décision rationnelle se situant davantage sur le registre du calcul stratégique animé par mon objectif – toucher Anadema au sens littéral ou figuré que l’on souhaite donner à ce terme selon l’humeur – que sur une volonté de transparence.
Si je pouvais tout à fait imaginer l’éventualité qu’il ne soit pas réceptif à mes élucubrations, je digérais beaucoup moins la possibilité que ça puisse être un simple concours de circonstances qui évince mon mail. D’où mon insistance, qu’il m’a été injustement reprochée ici me semble t-il. Loin de constituer le reflet d’une névrose de ma part, j’estimais que ces mails en chaîne continuaient justement dans la même logique : jouer, au risque de surjouer, la carte de j’ai eu envie de valoriser chez moi pour l’intéresser, une espèce de singularité (que l’on peut tout à fait contester, je le consens). J’étais persuadée que c’était la seule chance que je pouvais avoir, me doutant bien que des mails du type « J’aime ton blog (…) Je suis sensible à ce que tu écris (…) Bla bla » écrits dans un français correct par des filles potables ne devaient pas être anecdotiques. Ma stratégie un peu (trop ?) costaude m’apparaissait donc être la seule potentiellement payante à côté de celle consistant à envoyer des photos de moi à poil (dont la fiabilité était à démontrer d’une part et à laquelle je n’avais pas spécialement envie de m’atteler d’autre part, du moins pas déjà !).
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… pour réaliser ne pas savoir nager finalement
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Le deuxième mail que j’ai envoyé ne répondait pas à cette logique. Après avoir envoyé le premier, j’ai voulu mettre ça de côté, me persuadant que « Maintenant c’est fait, je n’y pense plus ». Pourtant j’y ai tout de même jeté un œil après. Bêtement. Et là, j’en ai mesuré toutes les lacunes… A défaut de pouvoir annuler l’envoi, je me suis alors convaincue que mon seul espoir (oui, j’emploie un vocabulaire donnant l’impression que je joue à Zelda, j’ai quand même le droit de romancer les choses, au moins par voie lexicale, puisque c’est mon récit) résidait dans un mail de complément. Je l’ai donc pondu puis envoyé en précision du premier mail. En fait, j’ai dû ajouter ce que j’ai supposé faire défaut dans le premier (évoquer la question de l’apparence par exemple puisqu’aucune photo n’était sur mon profil !). D’où le deuxième mail…
J’ai attendu je ne sais pas combien de temps et aucun accusé de réception ne me parvenait, même après plusieurs jours. Qu’il ne se connecte pas est une chose mais, en général, à un compte sur un site de rencontre est associé un mail perso auquel sont transmises les alertes du type « Lover_kiss_kiss75, vous avez reçu un mail !! Connectez-vous pour le découvrir !!! » donc il avait forcément eu vent de mes tentatives d’attouchements virtuels mais ne les lisait pas…
Zut.
Toujours est-il que je me suis finalement décidée à rédiger le mail suivant, poursuivant dans ma logique évoquée plus haut… A ce stade, je n’y crois pas, ou du moins, j’ai 14 % d’espoir… Mais mon investissement ne s’en ressent pas ! Finalement, l’exercice me plait, je trouve ça drôle ! Le fait que rien n’ait été lu me permet de ne pas marcher sur des œufs : je parle toute seule après tout ! Ca a certes un côté pathétique, que je mesure, mais pas suffisamment pour me dissuader de jacasser.
Alors oui, jusqu’à maintenant, il est surtout question de moi, Anadema ayant en quelque sorte oublié de se joindre à la fête puisque mes mails ne sont toujours pas ouverts… ! Et du coup, mon endurance finit par s’éroder et lorsque je me suis décidée à envoyer le dernier mail (oui quatrième… J’assume…), j’ai pris la décision d’arrêter parce qu’il me semblait qu’à ce stade, mon estime de moi commençait à en prendre un petit coup. Coup léger mais effectif. A quoi rimait le fait d’écrire des fleuves de mails à une personne inconnue qui pouvait éventuellement s’avérer être un sale con avec des oreilles sales ? Ca avait tendance à me renvoyer une image de moi un peu pathétique même si, je précise encore une fois, j’avais une vie : il ne faut exagérer l’importance que je pouvais accorder à la chose à cause de mon « implication » et surtout à cause de la focale ici clairement ciblée.
Finalement, envoyer ces mails et donc personnifier mon lien avec lui – absence de lien en l’occurrence… – avait abusivement créé une sorte d’injonction implicite à son encontre, à me répondre. Pourtant, je mesure bien que ce n’était pas justifié puisqu’il n’avait rien demandé après tout… Mais bêtement, mais on finit par se dire « Casse toi pauv’ con, je te montre que je m’implique, ce qui atteste d’un intérêt certain que je te porte et tu t’en moques : pffff, comme tout le monde finalement. Bien la peine d’arborer sans cesse ta considération pour les autres et fustiger l’absence d’implication de la populace… ! ». Toujours est-il qu’il commençait à me gonfler… Ou c’est finalement moi qui me gonflais mais c’est toujours plus simple de trouver un responsable distinct de soi.
A l’origine, lorsque je ne faisais que lire son blog, personne n’existait : Anadema était un blogueur, une sorte de personnage. En le cherchant, je lui ai attribué un visage. En le contactant, j’en ai fait une personne dans mon esprit. Par cette absence et ce silence radio, il redevenait personne (et non plus UNE personne justement) et je crois que c’est aussi ça – au-delà de ma fierté ébranlée – qui m’attristait un peu. J’avais personnifié ma quête (je ne recycle pas la parenthèse évoquant Zelda un peu plus haut mais le cœur y est…) et là, elle redevenait complètement anonyme.
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