Dans le panier d’Annie

Le suspens est entier, lorsque connecté sur AdopteUnMec, on reçoit une alerte nous prévenant que quelqu’un est en train de visiter sa page. Une petite carte apparaît sur le côté avec un pseudo et une photo. C’est à ce moment que l’on retient son souffle et que l’on espère avoir la chance qu’il se passe (enfin) quelque chose : que l’on soit ajouté au panier ou que l’on reçoive une autorisation de contact : bref, que l’on nous sorte du monde du silence auquel on est condamné sinon.

La première visite que je reçois me ravit comme un enfant qui découvre que son jouet à piles fonctionne. Je n’ai plus qu’à attendre et à regarder, ou visiter quelques profils et griller les cinq « charmes » quotidiens auxquels j’ai droit en choisissant des filles qui me plaisent. Le pouvoir étant entier entre les mains des femmes, quand on reçoit une visite mais qu’on n’est pas ajouté au panier, le message est clair et sans ambiguïté : on n’a pas assez plu… Du coup, quelque part, toute visite qui reste sans suite revient à être éconduit ! Ce qui n’est pas le cas des femmes qui, lorsqu’elles ne reçoivent pas de « charme » de la part d’un visiteur, peuvent très bien se dire que c’est juste parce qu’il ne lui en restait plus en réserve… AdopteUnMec est définitivement un site pour les femmes, elles y sont érigées en reines.

C’est au bout de deux ou trois visites le jour de mon inscription que je reçois ma première alerte d’ « ajout au panier ». Arf, je ne pensais pas que ça irait si vite ! Coup de chance ? Je m’empresse d’aller visiter le profil de la demoiselle : Annie. C’est une fille de 23 ans, mince et de taille moyenne. Elle est jeune mais j’aime bien. Elle a l’air particulièrement jolie sur ses photos : elle a un côté pur, teenager, très « sucré ». En plus, ses photos sont nettes et belles, comme sur Badoo. Ca me change des photos blafardes d’apprenti-monstres de JeContacte. Pas de texte d’annonce sur son profil, mais quelques champs renseignés sur ses goûts artistiques : si nous n’avons pas forcément les mêmes goûts, ils ne m’apparaissent en tout cas pas incompatibles.

Puisque je suis ajouté à son panier, je peux supposer que je lui plais et qu’elle va donc être motivée à me répondre. Comme elle est en ligne et que j’ai désormais le droit de la contacter, je passe par le tchat et lui envoie un petit mot. Le tchat sur AdopteUnMec était (et est toujours, je crois) une hécatombe : d’une part, les messages n’arrivent pas forcément correctement, il faut actualiser sans cesse la page en recliquant sur les alertes de messages. Donc bonjour la communication et les quiproquos. D’autre part, il y a (avait) des problèmes avec les caractères : « j’ai l’impression » apparaissait de part et d’autre comme ceci : « j\’ai l\’impression » ! Sympa… Avec tout ça, une des réactualisations du module de tchat m’a fait perdre les tous premiers mots que nous nous sommes échangés. Mais en substance, ça s’est passé de la façon suivante :

Je l’ai abordée par quelque chose du genre : « Tu es ma première cliente ». Elle m’a répondu que j’étais son premier produit dans son panier et qu’elle venait de s’inscrire. Je lui ai demandé si cela lui plaisait de pouvoir mettre des hommes dans un panier, elle m’a répondu que oui mais qu’elle était sceptique vu les profils qu’elle visitait. Je lui ai demandé ce qu’ils avaient, s’ils faisaient « premier prix ». Le style d’AdopteUnMec est un joli prétexte pour trouver un premier sujet de discussion original et jouer sur le second degré du site. Je trouve même que cela facilite une certaine spontanéité et un ton léger qu’on ne trouve pas sur Meetic, par exemple, où il est difficile de trouver une accroche un peu originale lorsque la personne que l’on aborde n’a pas d’annonce sur son profil. La conversation se poursuit dans le même ton :

Ahah ! Voilà qui ne peut que me faire rire, moi qui suis obsédé par ces caricatures de garçons capables de raconter tant de choses affligeantes pour arriver à leurs fins.

Je vois tout à fait ce qu’elle veut dire. Rencontrer quelqu’un, ça implique déjà plus de choses et il peut être difficile et fastidieux de devoir faire face à quelqu’un d’insistant qu’on ne voudrait plus revoir. Peut-être qu’un certain nombre de garçons veulent griller les étapes en avançant le rôle de chacune d’elles : ce n’est plus à la première rencontre qu’on voit si ça colle mais dès les échanges sur le net. Et donc, si on prévoit de se rencontrer, c’est pour qu’il y ait quelque chose à la clé. Et dans la même logique, inutile de perdre du temps en paroles : on regarde le profil, on dit si ça colle. Et si oui, on se voit et on couche ensemble. Définition basique du plan cul où la part de relation humaine est réduite à sa plus simple expression.

D’ailleurs, peut-être cette lourdeur des hommes est-elle à l’origine (entre autres) du zapping irrespectueux des filles qui ne prennent pas la peine d’expliquer leurs intentions et de dire au revoir lorsqu’elles souhaitent supprimer un contact de leur liste. Mais évidemment, ça n’excuse rien. Tous les hommes ne sont pas comme ça. Il ne viendrait à l’idée de personne de trouver normal d’être méprisant vis à vis d’un mec de banlieue au prétexte qu’en banlieue on trouve en effet beaucoup de racailles. Et de la même manière que ces premiers sont énervés à raison quand ils sont victimes de ce genre de préjugés, je ne trouve pas plus acceptable et correct d’être zappé sans mot dire.

Cela dit, elle n’a pas dû tomber sur beaucoup de garçons intéressants pour en avoir un tel avis général négatif. Mais si elle n’y a pas été longtemps inscrite, il est probable qu’elle est tombée en priorité sur des serial-contacteurs, ceux qui sautent sur tout ce qui est du sexe opposé. Par contre, elle a l’air d’avoir un avis précis sur le problème de l’après-rencontre-réelle. Est-ce que ça colle avec le fait qu’elle m’a dit qu’elle n’avait jamais rencontré personne par ce biais ?

En tout cas, cette Annie me plaît, et en plus elle écrit bien : c’est ponctué, accentué et orthographié. Ca me change de ce que j’endure ailleurs, où le simple fait de voir une suite de plus de cinq mots constitue déjà une prouesse intellectuelle.

Pour répondre à sa petite tirade sur les implications sous-jacentes à la rencontre, je lui fais mon petit numéro de blaireau que j’aime tant :

Nous parlons un peu de nous et de ce que nous faisons dans la vie. Elle est hôtesse dans une boîte, se passionne en parallèle pour quelques activités créatives. Elle me parle de ses origines du sud ouest de la France et de son arrivée assez récente en Île-de-France. Elle me donne le lien de son blog où elle y expose ce qu’elle fait. Evidemment, je ne lui donne pas l’adresse du mien…

Cela fait déjà deux heures que nous tchatons ensemble lorsque je profite d’une mièvrerie de ma part pour recommencer à jouer à faire le blaireau :

Nous nous mettons au point sur l’heure et le lieu où nous allons nous retrouver le lendemain et terminons notre conversation :

Je suis vraiment content de me retrouver avec un rendez-vous avec cette charmante Annie. Ca a été rapide et spontané. J’espère qu’elle ne tombe pas dans le piège de l’idéalisation. Je suis en train de me demander si je n’ai pas mis une « trop jolie photo » sur mon profil, qui est issue de la sélection des meilleures notes obtenues sur Badoo. Parce que je n’ai pas envie de me retrouver avec une grimace sur son visage lorsqu’elle va m’apercevoir… D’autant plus que je n’ai pas fait de rencontres virtuelles classiques (via des sites de rencontres) depuis… aaaah… novembre 2005 !! Une éternité ! Pas sûr que je sache encore m’y prendre (si tant est qu’on puisse considérer que je savais déjà m’y prendre à l’époque…).

Entre parenthèses, il me faudra tout de même par la suite apporter quelques bémols au fonctionnement d’AdopteUnMec, histoire que l’on ne croit pas que le site est à ce point « efficace ». C’est sans doute ici un ensemble de circonstances qui ont joué en ma faveur.

Mais bon tout de même : classe, AdopteUnMec ! Design. Gratuit. A peine inscrit que j’ai déjà un rendez-vous avec une jolie fille le lendemain midi… Je suis… épaté !

Première incursion sur AdopteUnMec

AdopteUnMec fait partie des derniers sites de rencontres gratuits sur lesquels je me suis inscrit au mois de mai dernier et que j’ai testés. Séduit a priori comme tout le monde par le côté fun et esthétique du site, je suis également un peu intrigué et mal à l’aise tout de même quand, au moment de m’inscrire, je me demande jusqu’à quel point exactement je suis censé me transformer en objet de consommation dévalorisant. Très vite, je découvre et je comprends le principe et les ressorts du site (que j’ai décrit en détail ici) : des hommes effectivement transformés en produits mais dans un second degré totalement assumé dont le trait est tellement poussé qu’il n’y a vraiment rien à y voir de méprisant. En plus de ça, derrière le délire se trouve un procédé que je n’avais jamais vu et qui permet de trouver une parade à la trop grande sollicitation dont sont victimes les femmes (et par voie de conséquence les hommes) sur les sites de rencontres : c’est à elles de choisir quels hommes peuvent les contacter, soit en ajoutant ces derniers dans un panier virtuel, soit en leur envoyant directement un message (personnel ou… automatique). Voilà qui devrait éviter que les hommes envoient en masse des messages sans obtenir de réponses en retour. Si une fille nous sélectionne, c’est qu’elle est a priori motivée à communiquer avec nous.

Dans un premier temps, pour compléter ma fiche rapidement, je mets une ou deux photos que j’ai déjà utilisées sur d’autres sites (et qui ont reçu le suffrage des filles sur Badoo) et je copie-colle l’annonce que j’avais faite sur JeContacte. Par contre, j’ai conscience qu’AdopteUnMec étant un site très particulier, cette annonce très très classique ne colle pas. Il faudra certainement que je joue sur le second degré du site et que j’écrive un message plus dans la veine de l’ambiance locale… Mais en attendant que je découvre un peu plus le site, il vaut mieux que j’aie un petit quelque chose que rien du tout, au cas où une fille visiterait ma page.

Je me promène un peu sur les pages des différents profils. Les filles sont souvent très jolies comme sur Badoo, mais elles sont largement moins stupides, comme en témoignent leurs textes d’annonce souvent plus recherchés, mieux écrits et parfois même très profonds ou très drôles. Voilà un site sacrément bien fréquenté ! C’est moins kikoolol et plus subtil tout en étant en apparence tout aussi chaud : les photos des profils sont parfois un peu sensuelles ou tendancieuses, rien à voir avec la rigueur version pièce d’identité de Meetic.

Tableau de contrôle des événements nouveaux sur AdopteUnMecJe comprends aussi vite que dans l’ordre des choses, sur AdopteUnMec, pour un garçon ça se passe comme ça : avec un peu de chance, on reçoit une visite sur sa page (soit parce que la demoiselle la trouve via les outils de recherche, soit parce qu’on lui manifeste sa présence en visitant sa page et/ou en lui envoyant un « charme » (limités au nombre de cinq par jour)). Et avec encore plus de chance, la visiteuse trouve le profil suffisamment attrayant pour qu’il lui suscite l’envie d’accorder le droit (la chance) de la contacter (ajout au panier ou envoi d’un message, donc). C’est un peu comme dans une foire, finalement : attirer des clients potentiels à son stand pour espérer en convaincre une infime partie d’acheter quelque chose. Pas gagné, donc, surtout s’il y a plus de stands que de badauds… D’autant plus que l’on n’a pas la possibilité de rétorquer quoi que ce soit : d’avance, tout doit être sur la brochure publicitaire. Et parmi ces « électrices », produit du petit pourcentage d’un petit pourcentage de visiteuses, encore faut-il qu’une fille me plaise ! Mais gageons que je serai sélectionné par des filles qui se sentiront avec raison des affinités avec moi !

Si au départ, je saisis tous les atouts et toutes les qualités d’AdopteUnMec, je n’en connais pas encore les limites. Parce qu’en théorie, tout ça me semble vraiment bien fichu. Mais en pratique, le système fonctionnera-t-il correctement ?

C’est le jour même de mon inscription que je reçois mon premier ajout au panier, après seulement deux ou trois visites. Wouahou, mais ça marche vraiment cette histoire ?! Génial, allons voir qui c’est !

Célie, la badooïenne netlogueuse (3) – La rencontre

C’est le hasard des circonstances, mon rendez-vous avec Célie (16h30) se retrouve calé juste avant celui avec FemmeMariée (18h30) ! Je vais pouvoir enchaîner les deux rencontres sans même avoir à rentrer chez moi, voilà qui promet d’être stimulant !

Je suis dans le métro lorsque je reçois un SMS de Célie qui m’indique qu’elle sera en retard d’une quinzaine de minutes, ce qui m’arrange vu que je ne suis pas exactement en avance. Je suis sans doute le premier à arriver à Opéra. Vu que son téléphone ne répond pas, je pars discrètement à sa recherche en faisant le tour de la place, en espérant pouvoir la trouver avant qu’elle me trouve. Les minutes passent et je suis toujours sans nouvelles. J’espère qu’elle ne m’a pas posé un lapin, ce serait mon premier. Finalement, elle m’appelle pour me dire qu’elle vient juste d’arriver et je me dirige vers la sortie du métro qu’elle m’indique.

Ma première impression est tout de même assez mitigée. Elle est certes un peu plus charmante que sur ses photos mais elle est très maquillée et le bleu qui surligne à outrance ses yeux lui donne un air un peu vulgaire et pas futé, façon fille populaire des années 80. Instinctivement, je ressens que ce n’est pas le genre de fille que je fréquente. Mais elle est globalement souriante et sympathique comme je me l’étais imaginé. Nous arpentons le boulevard à la recherche d’un endroit pour boire un verre. Elle me propose d’aller au Paradis du Fruit mais c’est bondé et ce ne serait vraiment pas agréable d’y faire connaissance. Je lui propose le bar juste à côté dont le degré de sordidité est dans la moyenne parisienne et dont l’absence manifeste de clients est un garant de tranquillité à défaut d’hygiène. Nous nous installons et nous commençons à discuter de nous et des sites de rencontres, en particulier Badoo et Netlog que nous utilisons tous les deux. Moi qui y suis un tout nouvel inscrit, je suis encore fasciné par tout ce que j’y ai découvert, par tous les outils nouveaux qu’ils proposent à leurs inscrits et ce que ça peut impliquer dans le comportement des uns et des autres. Le vieux patron du café, dont l’humeur maussade et l’allure grossière forcent l’admiration, nous apporte nos consommations. Mon café d’une part puis ce qui est censé être le cocktail de Célie et dont il pose le verre brutalement sur la table, en renversant une partie de son contenu sur la table. Un peu de vodka, du jus d’orange à base de concentré, le tout servi dans un verre ordinaire, que peut-on avoir de mieux pour dix Euros de nos jours ? Nous parlons un peu de nous, de nos loisirs et de nos projets. Elle a l’air d’avoir une vie plutôt dynamique et équilibrée, et ne semble pas trop dépendante de son enfant. Elle sort en boîte, fait un peu de sport. La conversation est assez ordinaire mais agréable. Elle est plutôt intelligente (sans plus) mais ne semble pas plus que ça avoir d’avis prononcés sur les choses en général. Nous nous levons au bout d’une heure environ. Il s’agit pour moi de ne pas être en retard pour mon rendez-vous suivant. Vu l’arnaque que constitue le cocktail, et me sentant en partie responsable par le choix du bar, je lui propose de partager l’addition en deux. Nous rejoignons le métro, nous faisons la bise et nous séparons. Nous échangeons un dernier regard chargé d’interrogation. Nous n’avons ni l’un ni l’autre fait de commentaire sur notre rencontre ni si nous envisageons de nous revoir. Et je ne sais vraiment pas ce qu’elle a pensé de moi.

Après la fin de ma rencontre avec FemmeMariée, j’envoie un SMS à Célie :

Même si je me suis senti infiniment moins d’affinités intellectuelles avec Célie qu’avec FemmeMariée, c’est curieusement le moment passé avec Célie que j’ai le plus apprécié. La proximité entre ces deux rencontres m’a fait sauter aux yeux l’écart d’épanouissement personnel que ces deux mamans trentenaires reflètent. Tout ce que je n’ai pas apprécié chez FemmeMariée, son côté cynique, désabusé et froid, vaguement malsain, c’est ce qui m’a plu chez Célie : plus spontanée, plus amusante, plus naturelle (en dehors du maquillage) et plus de fraîcheur dans sa façon d’être. Toutes proportions gardées, bien entendu. Comme quoi, le niveau de conversation est loin de tout faire. En tout cas, il me semble que dans ce que je peux attendre comme relation avec ces filles, c’est probablement avec Célie que ce pourrait être le plus sympathique et naturel.

Le lundi suivant, je la croise sur Badoo et sur MSN mais je ne vais pas lui parler. Je n’ai pas envie de lui donner l’impression de trop avoir envie de la revoir. Elle ne vient pas me parler non plus… Les jours suivants, je ne la croise pas sur MSN et ça m’embête un peu parce que c’est là que j’aurais aimé pouvoir discuter avec elle de ce que nous avions pu penser de cette rencontre. Je peux donc supposer qu’elle me bloque. M’éviter de la sorte, ce n’est vraiment pas très délicat de sa part. J’estime que je suis en droit d’attendre un peu plus de considérations de sa part, d’autant plus que nous avions des échanges cordiaux et relativement désintéressés qui ne nous engageaient à rien. Je lui envoie un petit message sur Badoo le jeudi, en faisant comme si de rien n’était : « Arf ! Pas de chance, nous ne nous croisons pas beaucoup cette semaine ! » qui est suivi quelques heures plus tard par une réponse laconique : « c’est vrai .. ! ». C’est de mauvais augure…

Et ça ne loupe pas : dans la semaine, je découvre qu’elle m’a retiré de sa liste MSN. Je suis sacrément étonné de cette disparition soudaine. Que je lui ai déplu ne justifie pas qu’elle me zappe de façon aussi méprisante ! Je suis également déçu parce que ça m’aurait plu de la revoir, moi. Au début de la semaine suivante, puisque visiblement le contact est rompu, je décide de tenter de rattraper le coup une dernière fois et d’envoyer un mail à Célie sur Netlog. Je fais comme si je n’avais rien vu et essaie d’adopter un ton un peu léger :

Sa réponse dans les 13 minutes qui ont suivi mon mail montre bien de toute façon qu’elle est plus disponible ou joignable qu’elle ne veut bien le prétendre. Son « des bises » est plutôt positif mais je ne rêve pas : son histoire de « masse toujours plus engloutissante de taf », c’est de la foutaise. Un classique de l’excuse bidon qui me déplaît particulièrement. Et de toute façon, n’étant pas tombé de la dernière pluie, je ne m’attends pas du tout à ce qu’elle me réponde un jour malgré sa « promesse ».

Après un mois environ, il m’est arrivé à quelques reprises de lui envoyer un message sur Badoo pour tenter de lui parler :

Je ne l’ai pas recontactée à la rentrée. Je trouve toujours aussi inacceptable de se permettre de zapper ainsi les gens sans aucune explication. Je peux supposer que je ne lui ai pas plu physiquement et qu’elle n’a pas senti suffisamment d’affinités pour avoir eu envie de me revoir, mais cela ne la dispensait pas d’un minimum d’explications ou d’avoir eu au moins la décence de me prévenir qu’elle ne souhaitait plus me parler, plutôt que de m’ignorer purement et simplement. Le pire, c’est que c’est typiquement le genre de fille qui, après, va se plaindre de l’insolence des gens sur Internet, en y fustigeant l’absence de respect et l’égoïsme. De grands mots pour peu d’application en pratique. As usual.

Célie, la badooïenne netlogueuse (2)

Nous nous recroisons sur Badoo le mercredi suivant et tchatons à nouveau ensemble. Cette fois, à la fin de la conversation, elle me donne son adresse MSN :

Bien évidemment, c’est avec plaisir que je l’ajoute à mes contacts MSN. Ainsi, le lendemain soir, c’est sur MSN que nous poursuivons nos échanges et c’est à l’occasion d’un petit jeu improvisé que la température monte :

Bon, certes, j’avoue : c’est surtout de mon côté que la température est montée… Incroyable d’ailleurs comme quelques échanges libres et tardifs devant un écran peuvent parfois suffire à stimuler ses fantasmes, sans raison particulière. Cela me rappelle ce qui m’avait amené à vouloir rencontrer D. il y a quelques années. Je n’ai pas toujours été particulièrement fin et délicat avec Célie mais, au delà de toute la relative sympathie que je lui porte, l’absence de véritable enjeu me rend un peu plus joueur et un peu moins prévenant…

Nous convenons finalement d’un rendez-vous le lendemain vers 16h30 du côté d’Opéra puis nous échangeons nos numéros de portable. Et elle me demande mon prénom, ne se souvenant plus que je le lui avais donné ! Pffff, quand même !

Célie, la badooïenne netlogueuse (1)

C’est au début de mon inscription sur Badoo, lorsque ma position dans les listes de recherche me permet encore de recevoir des visites spontanées, que je fais la connaissance de Célie. Histoire que ma fiche ne se résume pas à quelques photos et quelques paramètres sur moi – ce qui m’aurait définitivement noyé dans la masse des autres inscrits – j’avais écrit deux petits articles. Ils donnaient l’occasion à mes visiteuses d’en savoir un peu plus sur mon style et ma sensibilité et de se trouver éventuellement des affinités intellectuelles avec moi. C’est donc sur le sujet de ces textes que Célie m’aborde. N’étant pas connectés au même moment, nous échangeons d’abord quelques phrases en différé :

Il nous faudra attendre le jeudi suivant avant de nous croiser sur le site et de pouvoir entamer une première petite conversation d’un quart d’heure. Entre temps, j’étais allé voir son profil pour voir à qui j’avais affaire : une jeune femme de 30 ans plutôt petite, avec de longs cheveux blonds et une jolie silhouette. Assez charmante, sans plus. Son petit texte et ses goûts affichés sur son profil me laissent entendre qu’elle est plus intelligente que je ne l’aurais pensé d’après ses photos.

Le lendemain, nous nous retrouvons sur Badoo et avons l’occasion de discuter un peu plus longtemps ensemble, pendant près de deux heures. J’en profite pour la questionner sur sa perception de Badoo dont je n’ai à ce moment qu’une opinion très partielle. Elle le perçoit plus comme un site de rencontres que comme un site de réseau social. Elle me donne également l’adresse de son profil sur Netlog où elle y met quelques photos d’elle supplémentaires et quelques petits écrits. Elle me parle de ses relations passées et m’apprend qu’elle a un enfant de six ans et demi (voilà qui fixe définitivement les limites de ce que je peux envisager au mieux avec elle). En dehors de ces considérations, elle est très sympathique, intéressante et réactive. Et compte-tenu des profils courants sur lesquels je tombe régulièrement sur Badoo, je peux m’estimer chanceux d’avoir une interlocutrice de cette qualité, capable de composer des phrases entières, ponctuées et vocabularisées…

Le lundi suivant, nous nous croisons à nouveau sur Badoo. Et notre conversation va nous amener pour la première fois à envisager de nous rencontrer :

Dans la suite de notre conversation, nous en venons à envisager plus sérieusement de boire un verre ensemble. L’idée me plaît : ce sera ma première rencontre avec une fille de Badoo (sympathique en plus), ce qui sera un sujet de discussion passionnant pour moi qui découvre tout juste ce site gratuit qui m’en a mis plein la vue. Imaginez en plus : ce sera ma première rencontre Internet hors Meetic !

Vu son âge et son enfant, je me sens tout de même obligé de lui préciser mes attentes hypothétiques en terme de relation, à laquelle elle ne risque pas de correspondre. C’est peut-être maladroit d’aborder le sujet alors qu’on ne se connaît pas et qu’il n’y a rien vraiment à envisager mais je ne connais pas ses attentes et ça ne sert à rien de risquer de lui donner des espoirs inutiles, vu que je n’ai aucunement l’intention de recomposer quelque foyer que ce soit. J’attends de cette rencontre au pire une conversation sympathique autour d’un café avec une fille de Badoo. Au mieux, une rencontre un peu plus sensuelle, s’il y a un peu de feeling. Pourquoi pas. D’autant plus que les photos bonus sur son profil Netlog sont un peu plus sexy que celles de Badoo et qu’elle a l’air d’avoir un corps appétissant.

Finalement, sa super soirée concert est tombée à l’eau. Bien fait !

La Prof-Doc

L’avantage quand on vient juste de s’inscrire sur Badoo, c’est qu’on n’est pas encore en queue des listes de recherches et que ses photos n’étant pas encore notées, elles s’apprêtent à être vues par quelques dizaines de filles. Voilà deux moyens de recevoir des « visiteuses », et peut-être à la clé quelques messages, et cela sans rien avoir à faire. Après quelques mois d’inscription, à moins d’en passer par un SMS surtaxé pour un passage furtif en tête des listes, sa fiche est noyée dans les listes d’inscrits, derrière plusieurs centaines de milliers d’autres personnes… Et il faudra aller seul au devant des autres pour espérer faire des rencontres nouvelles.

Au début de mon inscription, c’est donc très sympathique : je reçois des visites et quelques messages. Mais il me faut composer avec une majorité de sollicitations intéressées : candidates africaines, est-européennes et sud-américaines à l’immigration, publicités cachées pour des sites pornos, etc. J’ai dû en recevoir une trentaine pendant le premier mois de mon inscription. Sans que ce soit conséquent, cela reste tout de même assez pénible : d’une part, on ne s’attend pas à en recevoir sur un site communautaire comme Badoo et d’autre part, c’est toujours une déception quand on s’attend à recevoir un message sympathique d’un membre. Ensuite, les spams se calment au même rythme que la visibilité de sa fiche diminue !

Parmi les spams que j’ai pu recevoir, principalement sur l’interface de tchat de Badoo, en voici un tout à fait caractéristique (j’y ai remplacé mon pseudo de Badoo par « Anadema ») :

Comme sur un blog, les photos et les articles que l’on publie sur le site peuvent recevoir des commentaires. Le premier que je reçois sur l’une de mes photos me vient d’une francilienne de 24 ans qui vient de me donner une bonne note. Je m’empresse d’aller jeter un oeil sur sa page : c’est une petite brunette fine et féminine. Bien qu’elle ait certainement l’air charmante, elle n’est pas spécialement à mon goût : des lèvres pincées, un nez pointu et… un chat. Elle est prof dans un collège. Sur sa page se trouvent quelques petits textes qu’elle a écrit (ce qui est assez rare) : phrases et vocabulaire élaborés, orthographe soignée. Je n’ai donc pas affaire à l’une des kikoo-girls qui règnent en maître sur le site. Ouf ! Comme elle est en ligne, je lui envoie un message :

Ensuite, nous parlons un peu de nous et de ce que nous faisons dans la vie. Puis je reviens sur le billet qu’elle a écrit au sujet de ses élèves parce que j’ai été particulièrement surpris d’y lire qu’elle avait été rassurée sur leur orthographe. Or, s’il y a bien une calamité actuelle qui a le don de m’horrifier, c’est le niveau d’orthographe désastreux des nouvelles générations. Je l’ai maintes fois lu, entendu et constaté.

Nous nous mettons ensuite à parler d’autres choses : livres, ciné et musique. Thèmes on ne peut plus classiques mais pratiques quand on ne se connait pas. Je lui explique que je n’aime ni le rap ni le hip-hop, elle n’aime pas le premier mais adore le second et me rappelle qu’il ne faut pas confondre les deux.

Tales Of The Forgotten MelodiesEn fait, « professeur-documentaliste » est une nouvelle terminologie pour désigner les documentalistes des CDI des collèges et des lycées. J’ignorais qu’ils avaient aujourd’hui le statut de prof à part entière… Le métier a dû considérablement évoluer, car j’avoue qu’à mon époque, je n’ai pas souvenir que leur rôle dépassait celui de compilateur de livres et de gardien du silence.

La conversation s’est terminée peu de temps après. Je n’avais pas dîné et je préfère éviter maintenant de passer des heures à tchater devant mon écran, comme ça a pu être le cas par le passé. Elle m’a lancé un « bon appétit à toi dont je ne connais pas le prénom ! a plus tard ». Mais il en va ainsi de ces éphémères échanges virtuels : aussi agréables furent-ils, nous n’avons jamais eu l’occasion de nous recroiser ni de reparler ensemble.

Sites de rencontres : enfer ou paradis ?

A l’occasion de la Saint-Valentin, les reportages se sont multipliés sur le sujet de l’amour et des rencontres… et bien entendu des rencontres sur Internet ! Devant cet espèce de consensus à la mode qui proclame combien les sites de rencontres sont horribles, anti-glamours et ne conduisant qu’à des déceptions, il me fallait rétablir un peu les choses, corriger quelques contre-vérités et tenter de démystifier tout ce qu’on croit savoir à propos des sites de rencontres. Ce sera à l’occasion de ce billet écrit pour le site human-network.fr.

Lorsque je me suis aventuré pour la première fois sur des sites de rencontres amoureuses il y a maintenant six ans, ces derniers étaient encore relativement méconnus, peu développés, ils n’avaient pas les moyens de se payer des écrans pubs à la télé mais ils étaient déjà sujets à toutes les suspicions et à toutes les railleries. Depuis, si la chose s’est considérablement démocratisée, le secteur traîne encore ses casseroles d’antan et il s’en est même ramassé de nouvelles. Combien de fois ai-je entendu des raccourcis péremptoires du style : « Les sites de rencontres, c’est fait pour les désespérés ou ceux qui ne cherchent que des plans cul. » suivi en général d’un « Moi, je n’ai pas besoin de ça ! » ô combien révélateur sur toute l’estime qu’on leur porte. Et quel contraste saisissant avec les slogans généralement mielleux affichés par les sites, promettant monts et merveilles, le grand amour à portée de clic : « Trouvez l’âme sœur ! », « A deux, c’est mieux ». Il ne faut pas croire aux miracles ni voir tout en noir. Alors, quel juste milieu entre ces deux extrêmes ?

Un espace de rencontres supplémentaire.

Un des principaux problèmes avec le célibat, c’est la difficulté à rencontrer suffisamment d’autres célibataires pour trouver quelqu’un avec qui partager suffisamment d’affinités et de sentiments pour envisager de passer ensemble une partie de sa vie. Ca peut paraître dérisoire mais c’est pourtant une histoire d’aiguille dans une meule de foin !

Les années lycée et fac sont un âge d’or de la relation sociale. Chacun y est constamment sollicité et amené à rencontrer en quantité des gens nouveaux de sa génération. Mais c’est une caractéristique unique en son genre qui ne se reproduira pas : lorsque l’on termine ses études pour rejoindre le milieu professionnel, en général qu’on le veuille ou non, il s’installe une certaine routine de vie qui fait que les occasions de rencontrer de nouvelles personnes se raréfient considérablement. Et pour un célibataire soucieux de ne plus l’être, ça peut vite devenir un problème. Au travail, dans la majeure partie des cas, on côtoie les mêmes collègues, et le milieu n’est guère propice à la séduction. Le réseau d’amis est efficace mais il peut vite tourner en boucle (les amis de mes amis sont déjà mes amis…). Restent les espaces de rencontres tels que les discothèques, les bars ou les pubs mais encore faut-il les apprécier et être suffisamment sociable pour savoir y faire des rencontres. Les activités diverses en club ou en association, comme le sport ou généralement toute pratique d’un loisir amenant à côtoyer des gens peuvent être également le moyen de faire des rencontres mais pas forcément en grande quantité. Or si toutes ces ressources sont épuisées, la vie sociale est condamnée au vase clos.

Naturellement, très naturellement même, les sites de rencontres sur Internet se sont présentés comme une alternative à tout ça, comme un espace de rencontres supplémentaire et inépuisable permettant aux célibataires de se trouver. Imaginez : des milliers d’inscrits dans votre région, tous célibataires et tous ouvertement disponibles pour une relation. Et qui plus est : des célibataires que vous n’auriez aucune chance de rencontrer au hasard de votre vie !

Les sites de rencontres : forces et limites.

Est-ce que les sites de rencontres sur Internet, ça fonctionne ? La réponse est sans équivoque : c’est oui ! Oui, ils vous permettent d’être mis en relation avec des célibataires. Oui, ils vous permettent de nouer le dialogue via des courriers électroniques ou des conversations en direct. Oui, ils permettent de faire de vraies rencontres de qualité qui se soldent éventuellement par de vraies histoires d’amour ou de vraies histoires sensuelles. En quelques clics seulement, ce sont des milliers de célibataires disponibles qui peuvent être individuellement contactés en fonction de ses préférences physiques et intellectuelles, et de ses attentes en termes de relation. Il n’y a aucune autre limite que le temps que l’on veut bien y accorder et le réseau est pratiquement inépuisable.

Alors forcément, devant le potentiel fantastique de ces gigantesques catalyseurs de rencontres, le risque est grand d’y fonder des espoirs démesurés. Et c’est précisément là que se trouve l’embryon de toutes les déceptions, de toutes les déconvenues et autres désillusions à venir qui ont fait et font la mauvaise réputation des sites de rencontres : tantôt repères d’asociaux, tantôt d’hommes volages. Menteurs et menteuses, traîtres en puissance, filles moches et mecs pathétiques, profils bidons et autres arnaques… La liste est longue de ce qui pourrait apparaître aux yeux du profane comme le summum de l’horreur, lorsqu’en vérité, ce n’est rien de plus que… la vie ordinaire !

L’enfer sur terre ? La réalité mérite bien sûr d’être nuancée. Pour commencer, il est important de souligner qu’il est vrai que l’anonymat et le virtuel tendent à exacerber certains défauts humains comme le mensonge, le manque de respect, le manque de considérations ou encore l’égoïsme. Caché à l’abri derrière son écran d’ordinateur, il est plus facile d’être indélicat que directement en face de quelqu’un. Mais c’est un comportement lié au contexte particulier du virtuel qui ne présage pas une tendance des sites de rencontres à être plus mal fréquentés qu’ailleurs.

On leur reproche aussi beaucoup d’être remplis de profils peu intéressants pour soi. Mais il faut comprendre une chose importante concernant les sites de rencontres : ils vous mettent initialement en contact avec tout le monde, sans tri aucun. Dans la vie de tous les jours, on est principalement en contact avec les gens de son milieu (professionnel et personnel) et, sans que l’on s’en aperçoive vraiment, c’est un véritable filtre relationnel qui s’établit entre soi et les autres. Les gens que l’on rencontre ont donc tendance par défaut à avoir des affinités avec soi. Sur un site de rencontres, ce filtre n’existe pas, il n’y a à la base aucun tri sous quelque forme que ce soit. On est confronté à tout le monde, y compris ceux qui ne correspondent pas à ses attentes en termes de qualités humaines, intellectuelles ou culturelles. Cela a pour conséquence première de donner une impression d’être perdu dans une immensité terne en nous jetant brutalement à la figure combien nous avons en vérité peu d’affinités avec la majorité des gens… Il faudra donc se remettre de ses émotions et faire un effort certain pour établir des filtres et trouver comment repérer celles et ceux qui sont le plus susceptibles de nous correspondre. Et ce n’est pas forcément simple pour qui n’a pas l’habitude de se poser des questions sur le type d’affinités qui le relie à ceux qu’il apprécie.

Les slogans publicitaires trop guimauves et trop optimistes des sites de rencontres sont probablement aussi pour beaucoup dans leur relative mauvaise réputation. D’une part parce que tout le monde sait bien que les solutions miracles n’existent pas. D’autre part parce que cela laisse supposer qu’il faut être naïf pour y croire, et par extension s’y inscrire. « Trouvez l’âme sœur ! » promet un célèbre site de rencontres sur Internet. Voilà de quoi faire naître des espoirs démesurés dans une âme esseulée et voilà sans doute l’origine de quelques idées reçues sur les membres qui les composent. Car forcément, de la même manière qu’un magasin discount attire au moins les pauvres, les sites de rencontres tendent à attirer d’abord tous les cœurs en peine, tous les célibataires chroniques au physique disgracieux ou en situation de solitude pathologique. C’est un état de fait. Parce qu’ils facilitent grandement la mise en relation, ils ont la prédilection de ceux qui ont des difficultés particulières à se construire une vie sociale. Mais sans nier les évidences, il serait fallacieux de réduire les célibataires du net à un ramassis de paumés. De la même façon que le métro est un moyen de transport bon marché sans pour autant n’être fréquenté que par des fauchés, les sites de rencontres n’en sont pas plus des réservoirs de gens à problèmes.

En revanche, il est vrai que les sites de rencontres cumulent un certain nombre de tares. A commencer par le déséquilibre persistant du nombre d’inscrits entre hommes et femmes particulièrement dommageable dans le cadre des rencontres hétérosexuelles. Non seulement les hommes sont en surnombre mais en plus, ils sollicitent beaucoup. Cela les pousse dans une compétition particulièrement rude où il est très difficile de se faire entendre et remarquer du sexe opposé qui, lui, croule sous les demandes et les sollicitations jusqu’au bord de l’écœurement (au pire) ou de l’indifférence générale (au mieux). Charmant !

Tout le monde ne joue pas non plus la carte de l’honnêteté et de la transparence : on triche sur son âge, sa taille ou son poids, sa profession, son statut marital, voire ses photos. Parfois, on est inscrit sans intention précise, seulement avec la volonté de tester son pouvoir de séduction. Parfois, les profils ne correspondent à personne et ne sont qu’un terrain de jeu pour quelques espiègles en quête de distraction. Tout ceci est par nature assez difficile à détecter mais fait partie des règles du jeu, inhérentes à tout univers, avec lesquelles il faudra composer.

Un certain nombre de pièges insidieux attendent également les nouveaux venus, forcément. A commencer par la tendance que l’on a à fortement idéaliser celui ou celle que l’on a en face de soi de par la nature virtuelle de la rencontre, à se complaire dans le virtuel sans passer à l’acte, à se retrouver pendant des heures à échanger pour rien ou encore à se perdre dans la quête compulsive du « toujours mieux ailleurs » devant les centaines de nouveaux profils alléchants qui se présentent en permanence à ses yeux.

Il est donc fondamental de ne jamais perdre de vue ses objectifs et ses envies, et de ne pas investir dans ces sites plus d’espoir qu’ils ne peuvent en supporter réellement. Ce ne sont que des espaces de rencontres parmi d’autres avec un potentiel, comme peut l’être à un autre niveau un pub ou une discothèque. Ils ont comme eux leurs propres règles, leurs propres atouts comme leurs propres faiblesses. Ils ne prétendent pas pallier les manques supposés de la société moderne ni remplacer quoi que ce soit. Les sites de rencontres sur Internet proposent un service de mise relation entre les célibataires et c’est cela et rien d’autre qu’il faut considérer comme une opportunité formidable.

Ce que cachent aussi les idées reçues sur les sites de rencontres.

Systématiquement, quand on révèle à ses proches qu’on s’est inscrit sur un site de rencontres, deux réactions possibles : la surprise (« Quoi ? Non, comment est-ce possible ? Pas toi ! ») ou un sourire (« Ah ah ! Je vois que tu as envie de t’amuser… »). Ils en disent long sur le rapport que l’on a à la quête sentimentale.

Le fait est que beaucoup de gens ont encore tendance à avoir un problème pour assumer leurs désirs sensuels et affectifs. Combien de fois ai-je lu ou entendu en guise de reproches que « l’amour, ça ne se cherche pas, ça nous tombe dessus sans qu’on s’y attende » ! Comme si d’une part, il y avait une sorte de providence censée nous frapper (où ?) qu’il faudrait savoir attendre (combien de temps ?). Et comme si d’autre part, il n’était pas légitime d’éprouver le désir de ne pas être seul et répréhensible de partir activement à la recherche d’un partenaire. Dans la pratique, les célibataires réfractaires à la « quête active » et aux sites de rencontres ont pourtant tendance à sortir plus souvent que lorsqu’ils sont en couple. Plus ou moins sans s’en rendre compte, ils sollicitent eux-mêmes des circonstances qui les conduisent à faire de nouvelles rencontres. En se cachant derrière ce qui constitue une forme d’alibi : « je sors pour passer un bon moment » plutôt que « pour ne plus être célibataire », ils sont rassurés sur leur indépendance affective et confortés dans l’idée fausse que les choses viennent toutes seules. En réalité, comme les célibataires du net, ils font leurs propres choix d’espaces de rencontres où ils partent y chercher un partenaire potentiel. Car il ne faut pas se cacher les choses : le hasard n’existe pas. Si on ne fait pas de nouvelles rencontres et qu’on ne prend pas en main sa vie affective, on a toutes les chances de finir sa vie tout seul.

S’inscrire sur un site de rencontres le plus sérieusement du monde, c’est aussi avouer explicitement ne pas se satisfaire de son célibat et ne pas avoir à ce jour trouvé un élu pour son cœur. Et reconnaître que l’on cherche à faire des rencontres est souvent perçu comme un aveu de faiblesse et d’échec. Car dans un monde parfait où l’on est censé tout avoir, « chercher » est synonyme de « ne pas trouver » et par voie de conséquence de « rencontrer des difficultés ». Le célibataire est comme le chômeur, il éprouve un sentiment de culpabilité et s’estime en partie responsable de sa situation.

Loin de n’être qu’une question de pudeur, voilà pourquoi aujourd’hui encore, beaucoup de célibataires cachent à leurs proches leur inscription sur un site de rencontres ou se réfugient derrière un alibi qui les désinvestit de leur démarche : officiellement, ce n’est pas pour une raison intime fondée sur quelque espoir que ce soit, ce n’est, comme je l’ai souvent lu sur les annonces mêmes des inscrit(e)s, que pour « s’amuser » ou « passer le temps », et c’est en général « juste pour voir » ou « sur les conseils d’un(e) ami(e) »…

Première incursion sur Badoo

Lorsque je découvre Badoo au mois de mai dernier, ce qui me frappe le plus c’est la beauté des gens (et des filles en particulier) et la qualité des photos. Les photos sont nettes et en grand format, on est loin de ce à quoi m’avaient habitué les sites de rencontres ordinaires. De plus, elles sont généralement nombreuses sur les profils et l’interface claire et épurée de Badoo les met largement en valeur.

Badoo a instauré sur son site un système de notation sur 10. Chaque membre est invité s’il le souhaite à donner sa note sur une sélection aléatoire de photos. Plus on note de photos, plus on a de chance de voir ses propres photos notées. Au final, chaque photo obtient une moyenne, toujours sur 10 (Badoo ne se prive pas d’afficher sur sa page d’accueil ses membres qui ont les meilleures moyennes)… Dans l’ensemble, tout le monde joue le jeu. S’il y a les abonnés aux 10 systématiques (en particulier chez les garçons qui espèrent qu’ils vont pouvoir plus facilement draguer les filles auxquelles ils auront offert la note parfaite) et les contestataires qui mitraillent de 1 et de 2 (qui leur vaut dans les commentaires de leur fiche une longue suite de récriminations), globalement les notes se tiennent. Une fille mignonne a plus de 8, une fille moyenne tourne autour de 7 et une horreur plafonne en dessous de 6.

Il est à noter qu’un certain nombre de facteurs peuvent faire évoluer la note et ce n’est souvent pas qu’une question de qualité de prise de vue… Une fille qui vaut 7 remonte à 8 si elle est en mini-jupe et peut atteindre 9 si en plus elle écarte un peu les cuisses. L’âge influe aussi beaucoup sur la note et il faut garder à l’esprit que plus une fille est agée, plus elle a intérêt à avoir l’air sacrément vicelarde si elle veut conserver une note confortable… Il y a quelques mois, à partir de la moyenne des photos de notre profil, on obtenait une note moyenne qui nous situait par rapport aux autres par un pourcentage. C’était extrêmement pratique pour évaluer son pouvoir de séduction théorique et l’attractivité de ses photos. Depuis l’automne, les règles du jeu ont changé : plus de note générale et plus de comparaison aux moyennes des autres utilisateurs, ce qui a modifié également, j’ai cru le remarquer, l’échelle de la notation généralement constatée.

Bref, nous sommes au mois mai : me voilà à peine inscrit sur Badoo, évoluant fraîchement dans son interface et dans son moteur de recherche aux ressources inépuisables de photos de filles plus hots les unes que les autres (attention au côté addictif de la chose…)… que je commence déjà à recevoir mes premiers messages. Quoi ?! Si vite ?! Mais je suis à peine inscrit et j’ai tout juste une photo… Gratuit mais drôlement efficace, Badoo ! Je me jette donc sur mes premiers petits mots, espérant avoir, comme dans un bouquet de fleurs composé, une collection de blondes, de brunes et de châtains toutes plus rayonnantes les unes que les autres. Et que vois-je, par tous les diables ? Un message de deux russes et d’une colombienne en anglais, d’une sénégalaise dans un français approximatif et d’une française qui m’explique la nécessité de la rejoindre le plus vite possible sur un site payant pour mieux la voir sous toutes les coutures… Et pour couronner le tout, un message d’un homme m’invitant à aller acheter un morceau de musique naze sur son site web. Je déchante sévère, le retour de bâton de la gratuité fait sacrément mal. Si Badoo est squatté par tout un tas de profils pollueurs, cela va rendre son utilisation laborieuse.

Deuxième découverte : forcément, en pratique, les gens sont en moyenne beaucoup moins beaux que ne le laisse penser la féérique page d’accueil. Toutes proportions gardées, tout de même : on trouve quantité de filles et de garçons très séduisants mais là encore il faut faire le tri entre les profils bidons et ce qui ressemble parfois à des escort-girls.

Troisième découverte : intellectuellement, ça ne vole pas haut. On se croirait même à un concours du plus bas quotient intellectuel. Les rares phrases écrites sur les profils sont truffées de fautes d’orthographe et dignes des préoccupations d’un enfant de dix ans. Au bout d’un moment, ça a son petit effet : ça donne l’impression d’être seul dans un champ de bonobos et il faut avoir un moral sacrément solide pour ne pas avoir envie de se jeter par la première fenêtre venue.

En dehors de ces aspects rebutants, le site en lui-même est vraiment joli et agréable à utiliser. On clique partout, on visite, on vote. Le nombre de membres est impressionnant : quelles que soient les villes que je sélectionne, il y a toujours plusieurs pages d’inscrits.

Surtout… quel merveilleux pouvoir que celui de donner une note à une petite photo en un seul clic ! Et quelle drôle de sensation de se voir attribuer des notes par des gens de tous horizons et de tous âges… Je me suis demandé au départ de quelle façon j’allais noter : fallait-il que je me base sur un ensemble de choses : physique, esthétique de la photo, posture, attitude ? Ou fallait-il que j’écoute un peu plus les réactions de mon caleçon et donner des bonus aux plus aptes à lui faire subir des déformations ? J’ai donc commencé par observer les chiffres et autres statistiques disponibles sur Badoo. Et j’ai vite découvert que la moyenne des filles ne correspondait pas à la moyenne des garçons, laquelle ne correspondait pas non plus à la moyenne théorique de la notation, située à 5 sur 10. Ainsi, un garçon commence à être au dessus de la moyenne à partir de 7, tandis qu’une fille l’est seulement à partir de 8 ! Quelle étrange différence ! Faut-il l’attribuer au fait que les garçons sont naturellement plus enclins que les filles à être attirés ? Ou à être plus flatteurs ?

La première note que je reçois est un 9. Voilà qui est sacrément plaisant ! Mais les suivantes sont sans appel : 7, 7, 5, 5 et encore 5 ! Aaaaaaaaah ! En panique, je m’empresse de supprimer ma photo et d’en télécharger deux autres. Au bout d’une journée et d’une quinzaine de votes pour chacune, l’une obtient une moyenne de 8.57 et l’autre de 6.40 ! Quel écart phénoménal entre deux photos que je pensais à peu près de même niveau ! Je trouve aussi étonnant de voir comme des photos semblent recueillir quasi unanimement le même point de vue. Dans la mesure où l’on est majoritairement noté par le sexe opposé, voilà un outil sacrément formidable pour tester ses photos et savoir lesquelles sont perçues comme étant les plus attractives ! C’est une véritable projection-test sur laquelle tout garçon ou toute fille inscrite sur un autre site de rencontres ne devrait pas faire l’impasse.

Sur ma photo la plus « appréciée », j’ai reçu deux 10 dont l’un vient d’une petite bombasse en sous-vêtements de 21 ans (mais déjà casée). Quelle claque libidinale ! Par multiples tâtonnements, je parviens à regrouper une série de quatre photos idéales pour composer mon profil. Je remarque qu’une variation de cadrage peut légèrement influer sur la moyenne d’une photo mais sans la transformer non plus. Car invariablement, une même photo reçoit les mêmes notes à un point ou un demi-point près. Quelques photos que je croyais valorisantes et que j’affichais jadis sur Meetic reçoivent une note inférieure à ce à quoi je m’attendais. Surprenant !

Badoo est donc très axé sur le physique et assez peu développé sur le reste, même s’il est possible d’écrire sur sa page des articles comme dans un blog. En pratique, les gens s’en servent pour mettre des photos d’eux et de leurs amis avec des titres particulièrement alléchants du genre : « mon chat qui kiffe les toilettes….mdr ». Ca ne s’invente pas ! Il faut donc s’armer de courage et de patience pour repérer des gens avec quelque chose dans le crâne et espérer une conversation élaborée (c’est à dire avec des phrases composées d’un sujet-verbe-complément).

Une fois mon choix de photos établi, j’essaie de soigner un peu mon profil en écrivant deux ou trois petits textes où je parle de mes impressions sur Badoo et où je raconte une petite sortie sympathique. Voilà qui devrait donner quelques impressions générales sur ma personnalité à celles qui visiteront ma page. Il ne me reste plus qu’à entrer en contact avec des Badoo-girls. En avant toute !

Echanges avec une femme mariée (6) – Dénouement

Pendant mon trajet de retour en bus, ce que je peux ressentir ressemble plus à une forme de soulagement à l’idée de rentrer chez moi qu’à une réelle satisfaction d’avoir rencontré FemmeMariée. Pourtant, elle n’a pas été désagréable, loin de là. Je l’ai trouvée intelligente et plutôt à mon goût physiquement (en dehors de ses rondeurs), et le moment que nous avons passé ensemble était sympathique. Non, au fond le problème vient peut-être de ce que je m’étais imaginé trouver en venant à ce rendez-vous. J’étais convaincu de faire la rencontre d’une femme mariée épanouie intellectuellement et sexuellement, s’accordant des petits écarts pour combler ses humeurs coquines, assumant pleinement son libertinage dans la joie et la bonne humeur. Et moi dans tout ça, j’imaginais entre nous la possibilité de rencontres intéressantes ponctuées de conversations et d’expression physique. Une vision trop Bisounours ? Peut-être… Une vision bien éloignée de la réalité en tout cas. La nature de sa relation de couple m’a fait m’interroger sur ses attentes véritables dans ses aventures extraconjugales : une forme d’évasion ? Le comble d’un manque ? Certainement pas la recherche d’un nouveau « mari » en tout cas parce qu’elle m’a assuré qu’elle aimait profondément le sien, que c’était réciproque, que sa relation telle qu’elle était lui convenait parfaitement et que l’idée d’une séparation était la dernière chose à laquelle elle pensait. De mon point de vue, évidemment, c’est une horreur et imaginer qu’on puisse se satisfaire le plus naturellement du monde d’un telle violence me choque. De son quotidien de vie vient peut-être son cynisme froid, lequel a achèvé d’injecter dans ce que je perçois de son tempérament une impression diffuse de sombre et de malsain qu’aucune once d’enthousiasme n’est venue adoucir. Bien entendu, il est difficile d’être véritablement détendu lors d’une première rencontre avec un inconnu et tout ce que j’ai cru ressentir chez elle n’est peut-être qu’une projection de ma part liée au choc qu’a pu me faire la brève histoire de sa vie de couple. Difficile à dire en si peu de temps.

Je ne suis pas sûr du coup d’avoir véritablement envie de la revoir, ou alors il me faudrait en savoir un peu plus sur ses envies profondes et être rassuré sur le caractère sain d’autres rencontres. Je n’ai aucune envie de me retrouver dans des histoires difficiles et perturbantes.

En parallèle à tout ça, même si je suis sûr de ne pas l’avoir sermonnée, l’impression que me laisse cette entrevue est d’avoir passé la majeure partie du temps à raconter à FemmeMariée combien il était anormal de supporter une telle vie de couple faite quasi exclusivement de tensions, de conflits et d’insultes, combien il était injuste et douloureux d’infliger cela à ses enfants… bref, d’avoir joué les prêcheurs auprès d’une femme que je ne connaissais que depuis quelques dizaines de minutes seulement. J’ignore si avec le recul, elle le prendra plutôt mal ou si elle le prendra comme c’était, à savoir de simples confidences dans le cadre de la conversation que nous avions et qui la concernait.

Quatre jours passent avant que je ne trouve le temps de lui écrire un petit compte-rendu de ce que j’ai pu penser de notre rencontre. Entre temps, je n’ai pas eu non plus de nouvelles d’elle. J’espère qu’elle ne m’a pas rayé de sa liste de contacts. Je tâche de lui exprimer avec le plus d’honnêteté et de diplomatie possibles ce que j’ai pu ressentir :

 

 

Je ne sais pas ce qu’elle a pu penser de notre rencontre et ce qu’elle envisage à notre sujet mais j’espère qu’elle sera sensible à mon message et qu’elle saura y répondre. Je lui ai glissé en fin de message un lien vers un site gratuit avec de vraies vidéos pornos amateur parce qu’elle m’avait dit regretter de ne pas savoir où en voir. Cela dit, son vif attrait pour la pornographie sur lequel elle avait insisté – attrait dont l’aspect me semble assez masculin – ne me séduit pas des masses. Cela a même tendance à venir amplifier l’impression de détachement froid que je ressens chez elle.

Au bout d’une demi-heure seulement, je reçois une réponse de FemmeMariée :

 

 

C’est une réponse particulièrement courte comme elle m’y a habitué, ce que ne compense pas la rapidité de sa réaction. Et vu ce que j’ai pris la peine de lui écrire, cela reste particulièrement vexant. Je suis déçu qu’elle n’ait pas pris le temps de me rendre la pareille en m’écrivant ce qu’elle avait pu penser de moi et de notre rencontre. Je suis aussi déçu qu’elle semble si peu sensible à ce que je me suis appliqué à lui expliquer et qui me paraît fondamental. Mais peut-être qu’au fond, elle s’en fiche un peu. Pour ma part, je ne cherche pas de relation qui ne se baserait que sur le sexe et encore moins dans ce contexte. Si elle n’a pas envie d’approfondir un peu plus ses relations et ses échanges, cela ne me conviendra pas.

Bref, je lui réponds en faisant court également, je n’ai pas à lui supplier de faire des efforts :

 

 

C’est à prendre ou à laisser parce que je n’ai pas l’intention de revenir à la charge. Si FemmeMariée ne me répond pas, nos échanges en resteront là.

Mais elle doit être connectée et devant son ordinateur car sept minutes suffisent avant que je n’obtienne une réponse :

 

 

Son « mon chéri » est plutôt mignon, il introduit une part d’intimité taquine entre nous. Je n’aime pas l’idée qu’elle sous-entende que je la force à faire une dissertation. Ca n’a rien à voir avec ça. Je me suis exprimé pour lui dire ce que j’avais pensé de notre rencontre, je ne vois pas ce qu’il y a de si spécial à ce qu’elle me renseigne, moi, sur ce qu’elle en a pensé de con côté ! C’est un gage d’estime et d’attention. C’est d’autant plus énervant que les femmes sur les sites comme JeContacte passent leur temps à se plaindre de recevoir des messages creux et sans contenu, alors il s’agit d’être capable de faire le même effort en retour.

Je n’ai pas l’intention de me perdre en explications avec elle, je préfère rester concis :

 

 

Encore une fois, douze minutes plus tard, j’obtiens sa réponse :

 

 

Justement, s’il y a bien une chose que je ne sais pas puisqu’elle ne m’en a rien dit, c’est bien ça. Et je n’ai pas envie de jouer aux devinettes avec elle.

Des réponses rapides, c’est bien. Des réponses fournies, c’est mieux. Je ne sais pas si elle est en train d’essayer de faire un concours avec moi de celui qui écrira le moins de mots possibles dans un mail (respectivement : 491, 76, 15, 10, 8, 2) et je ne doute pas une seconde de son autorité en la matière mais ce serait sans compter sur ma créativité lorsqu’on la stimule. Je vais donc pouvoir pour une fois m’autoproclamer vainqueur de la partie avec zéro mots, vu que je ne lui répondrai pas. Je préfère lui laisser le loisir de changer un jour d’avis si elle le souhaite en me manifestant un peu plus d’effort et de volonté.

En fin d’après-midi, je reçois un nouvel email de sa part :

 

 

Je ne comprends pas cette paresse à écrire des phrases. Ca ne m’a pas convaincu, je ne lui ai pas répondu. Fin de l’histoire.

Echanges avec une femme mariée (5) – La rencontre

Je ne sais pas combien de rencontres a pu faire FemmeMariée sur JeContacte et je comprends qu’elle puisse être sélective mais je ne vois pas à quoi rime de faire durer des échanges virtuels. L’écrit est suffisamment parlant pour se faire une idée des affinités qu’on peut partager, et le faire perdurer pendant des semaines ne permet de toute façon pas de détecter des menteurs ou des psychopathes. Mais changement de cap, donc, puisqu’elle s’est finalement décidée à me rencontrer : de son extrême prudence de départ, j’en suis à avoir un premier rendez-vous avec elle directement sur son lieu de travail…

Je lui envoie un SMS pour confirmer notre rendez-vous et sa réponse ne tarde pas :

 

 

Les circonstances font que j’ai un rendez-vous juste avant avec une autre demoiselle rencontrée, elle, sur Badoo. Tandis que je la quitte pour prendre le chemin de la clinique de FemmeMariée, je commence à me rendre compte que j’ai un peu sous-estimé le temps qu’il va me falloir pour arriver à destination. Aïe… C’est vraiment une sale habitude de ma part mais je vais encore être en retard. Rien de tel pour me mettre la pression et me faire courir… A priori, vu que FemmeMariée m’a dit qu’elle travaillait et qu’elle serait sur place jusqu’à vingt heures, ça ne devrait pas poser de problème. Je lui envoie un SMS pour la prévenir :

 

 

Tandis que le bus m’emmène à destination et que je ronge mon frein en silence en voyant petit à petit mon retard s’allonger encore, j’en profite pour réfléchir à cette rencontre. Une clinique ! Je ne me serais pas attendu à ça quelques heures auparavant ! Est-ce que ça ne va pas être un peu space comme lieu de rendez-vous ? L’inquiétude latente que m’insuffle de manière générale le milieu hospitalier ne va-t-elle pas venir s’ajouter un peu trop lourdement au stress naturel de cette première rencontre ? Stress que mon retard croissant continue d’amplifier… Et quel métier au juste exerce FemmeMariée dans cette clinique ? Au vu de l’expression et du discernement que j’ai eu l’occasion d’apprécier dans ses mails, je peux déjà éliminer secrétaire médicale, aide-soignante et infirmière. Alors, quoi ? Médecin, chirurgien ? Et tout d’un coup me vient une idée que je n’avais pas eu le temps d’envisager : et si c’était un genre de clinique psychiatrique ? Et si FemmeMariée ne faisait pas partie de l’équipe soignante mais des… patientes ? Merde ! J’aurais quand même pu prendre la peine de vérifier sur le net ce qu’était exactement cette fichue clinique… Ca m’aurait pris trente secondes et ça m’aurait permis de ne pas arriver sur place comme le dernier des candides. Et du coup, tout me revient à l’esprit : le choix de la clinique comme lieu du rendez-vous… sa disponibilité quelle que soit l’heure et jusque tard le soir… la blouse blanche d’internée qu’elle va prendre le soin d’ôter… Mais comment est-ce que je fais pour me mettre dans des situations pareilles ? Il va donc me falloir courir pour limiter au mieux mon retard de retard, faire abstraction de l’inhospitalité hospitalière, avoir l’air calme et avenant pour faire un minimum bonne impression et penser en plus de ça à vérifier la nature de la clinique. Ca commence à faire beaucoup.

Il est déjà 18h50 lorsque le bus me dépose et je me dirige droit vers la clinique. A priori, ça n’a pas l’air d’être psychiatrique. Je suis les indications que m’a données FemmeMariée dans son dernier email et je pénètre dans ce qui semble être la salle d’attente d’un service d’urgences. La salle n’est pas très grande, peuplée d’une dizaine de personnes tout au plus dont une femme en charge de l’accueil et déjà affairée avec un couple. Pourvu qu’elle ne m’appelle pas pour me demander l’objet de ma visite… Je pars m’asseoir calmement sur un siège coloré et je repère d’un coin de l’oeil… la machine à café.

Je compose rapidement un SMS pour prévenir FemmeMariée de mon arrivée :

 

 

Il y a deux couples dont un avec un enfant dans la salle. A moins d’imaginer que je puisse avoir poussé le vice jusqu’à venir accompagné d’une jeune femme, elle ne devrait pas trop avoir de mal à me trouver. En revanche, niveau intimité, c’est râté. Je vois mal comment nous pourrions prendre un café au distributeur et parler tranquillement dans ce contexte.

Je surveille les allées et venues pour essayer de repérer ma FemmeMariée. Une femme arrive avec assurance en me regardant, je me lève, c’est elle !! Nous nous faisons la bise et nous donnons nos prénoms (que nous ne connaissions pas). Vu le contexte de la salle d’urgences, elle me propose de sortir et d’aller ailleurs. Physiquement, elle est à peu près enrobée comme je me l’étais imaginé (c’est à dire légèrement ronde), elle a un joli visage et ne fait pas vieille du tout (elle a 33 ans). Elle a l’air aussi fine et subtile que me l’avait suggéré sa prose. Nous nous éloignons de la clinique mais il ne semble pas y avoir de cafés corrects à proximité. En plus de ça, elle ne joue pas le jeu parce qu’elle n’a pas un sou sur elle et qu’elle ne pourra donc pas m’offrir mon café promis.

Pendant que nous marchons, nous commençons à discuter un peu. Elle m’explique qu’elle dirige un service dans la clinique, qu’elle a deux enfants, qu’elle a déjà fait quelques rencontres, qu’elles se sont toujours bien passées mais qu’il lui est arrivé de ne pas rester plus d’un quart d’heure à discuter quand ça ne collait pas (super, pour me mettre la pression !). J’ose espérer, vu l’effort que j’ai fait de venir jusqu’à son lieu de travail, qu’elle ne va pas m’envoyer comme ça sur les roses ! Chose appréciable : nous avons le même humour noir, cynique et second degré et nous ne nous gênons pas pour faire des allusions scabreuses. Elle me parle donc de camisoles et de spéculums et globalement de tout ce qu’on peut trouver d’amusant dans un hôpital. Elle m’explique aussi avoir un goût assez prononcé pour la pornographie (rare chez une fille, non ?).

FemmeMariée m’emmène dans une espèce de parc miniature entouré de barres d’immeubles HLM que même les pompiers doivent parcourir avec prudence, et nous nous asseyons sur un banc. L’endroit est sordide mais nous convenons qu’il a le mérite d’être calme et loin des gens et de la circulation. Et c’est probablement la solution la plus simple, vu qu’elle ne doit pas trop s’éloigner de son lieu de travail. Quelques jeunes cagoulés mais calmes occupent un autre banc à quelques centaines de mètres et ne devraient pas venir nous attaquer.

Sur un air pince-sans-rire, elle écarte un pan de son gilet pour me montrer la courbure de sa poitrine afin, comme elle me dit, de me « montrer la marchandise », puis nous entamons une conversation sur les énergumènes croisés sur JeContacte. Une chose que je ressens chez elle me gêne : c’est un certain côté blasé. Cela ajoute au cynisme de son humour une étrange impression de détachement froid et je n’arrive pas à savoir si cela vient d’une certaine timidité, d’un malaise que procure cette rencontre ou si cela vient véritablement de sa personnalité. Elle me raconte un peu sa situation personnelle : une relation chroniquement conflictuelle avec un mari de très mauvais caractère. C’est le père de ses enfants, un homme qu’elle aime et qui l’aime mais avec lequel les tensions, disputes et insultes sont quotidiennes. Elle n’est pas dans un rôle de femme soumise qui subirait les choses puisqu’elle lui tient tête et que les querelles semblent vécues sur un pied d’égalité. La violence est verbale mais jamais physique. Et là où je suis encore un peu plus choqué, c’est de voir qu’elle considére cela comme une situation normale de couple, qu’elle l’accepte et qu’elle semble s’en satisfaire complètement. Elle m’interroge même en retour pour savoir si je ne vis pas le même type de choses et je dois argumenter pour lui démontrer que « non, ça n’est pas normal de s’engueuler tout le temps comme ça. ». Et du coup, aussi étrange que cela puisse paraître, si la conversation est calme et intéressante, elle revêt petit à petit une tournure relativement sérieuse sur la viabilité et la toxicité de sa relation pour elle-même et pour ses enfants. Puisque je peux avoir la langue bien pendue, je ne me gêne pas pour lui dire ce que j’en pense et l’erreur qu’elle fait me semble-t-il de s’infliger ça. Je tente de prendre toutes les précautions oratoires et gestuelles possibles pour ne pas me transformer malgré moi en moralisateur chiant (« bon, cela n’engage que moi, hein », « si je puis me permettre », « j’aime bien parler franchement et je trouve ça plus drôle que de parler de la météo mais surtout, dis-moi si tu trouves que je dépasse les bornes ») mais elle est intelligente et il me semble qu’elle n’est pas du genre à se formaliser et à confondre un point de vue avec une exhortation.

Après une petite heure passée ensemble, nous reprenons le chemin de la clinique et de mon arrêt de bus. Inutile de dire que son mari n’est pas au courant de ses pérégrinations virtuelles. Son téléphone sonne, c’est lui. Elle ne répond pas. Comme pour illustrer la forme particulière de sa relation, elle me montre qu’elle sait déjà qu’elle va se « faire engueuler ce soir en rentrant » mais que c’est une habitude qui se prend. Pour rebondir sur tout ce je que lui ai dit, elle plaisante en m’expliquant qu’elle va demander le divorce et débarquer dimanche chez moi avec ses enfants. Il n’était pas prévu que nous parlerions autant de sa relation de couple, ça s’est trouvé comme ça et il est vrai que cela a ôté une certaine forme de jovialité à cette première rencontre. La conversation est restée spontanée et nous n’avons pas eu le temps ou l’occasion de parler de notre rencontre à nous et de ce que nous en ferions.

Je suis reparti par le bus un peu troublé et avec l’impression d’avoir passé une heure à la sermonner.