J’ai expliqué dans la première partie en quoi pouvaient être gênantes des différences intellectuelles dans une relation et ce qui pouvait à ce titre poser problème entre Annie et moi.
Mais en pratique, comment ce décalage entre elle et moi pouvait se manifester ? Je n’ai pas énormément d’exemples avec moi parce que je n’en ai pas notés à l’époque et que, faisant souvent un effort d’adaptation, je m’arrangeais pour qu’il y en ait le moins possible. En y repensant et en fouillant dans mes archives de conversations virtuelles, j’en ai tout de même retrouvés quelques uns.
Avant d’aller plus loin et de risquer de provoquer une levée de boucliers, je vous invite une fois de plus à vous servir de mon iconographie réalisée spécialement pour l’occasion afin de vous aider à vous orienter vers le texte qui vous sera le plus accessible. Les internautes qui ne possèderaient pas de télévision et qui pourraient se sentir lésés peuvent tenter de lire le premier paragraphe de la colonne de droite : s’ils sont outrés par sa lecture, il leur faudra changer immédiatement de colonne.
Il est très difficile de savoir quoi penser de quelqu’un et d’ailleurs on ne devrait jamais rien penser de mal car chacun a sa propre personnalité ! Mais bon quand même, entre Annie et moi il y avait un problème de feeling (on va dire), et comment expliquer car je ne voudrais vexer personne ? Ce n’est pas la faute d’Annie, c’est parce que c’est la vie et que les choses ne sont pas toujours comme on voudrait qu’elles soient. Donc voilà, j’ai quand même quelques exemples mais ce sont des exemples personnels, personne n’est obligé de penser pareil !
Bien évidemment, le jugement que l’on porte sur autrui n’est pas immuable et s’affine ou se révise en permanence. De la même manière, ce sont les multiples évènements dont nous faisons l’expérience qui nourrissent nos opinions, et les exemples que j’expose ici ne sont pas censés se suffire à eux-seuls pour démontrer les traits de la personnalité d’Annie. Les exemples sont ce qu’ils sont : simplement des indices, des indications qui confortent un sentiment d’ensemble qui s’est construit au fil des jours que j’ai passés avec elle.
Le premier exemple, c’est celui de l’épisode d’Hiroshima que j’ai déjà relaté, où une petite blague que je lui avais faite était tombé à l’eau, ce qui m’avait fait sentir à quel point il fallait que j’amende mes propos avec elle (et au regard des commentaires relatifs à l’article, elle n’est pas la seule à avoir besoin d’un sous-titrage permanent).
Le deuxième exemple est un problème classique de langage. Je ne vous cache pas que je n’ai jamais beaucoup affectionné les animaux de compagnie et il se trouvait qu’Annie – comme beaucoup de filles – avait un chat. Un jour, lors d’une discussion sur MSN, elle se mit à rouspéter bien légitimement contre mon peu d’entrain pour son minou :
Ouh là là, mais faut trop que j’arrête de faire mon savant avec des mégas mots de vocabulaire que personne n’utilise. « Prosélytisme » ?? Non mais j’avais fumé ou quoi ?!! MDR ! Comme si on n’avait que ça à faire d’ouvrir un dictionnaire pour essayer de comprendre des phrases ! Pourquoi j’ai pas juste dit : « Ouh là, tu fais ta pub ou quoi lol ? », ça aurait largement suffi et elle aurait compris l’idée !
Bon ok, je dois reconnaître que ce n’est pas la première fois qu’elle me demandait pour un mot. Mais c’est de ma faute aussi. Même quand on allait manger des frites, je ne pouvais pas m’empêcher de lui sortir des trucs de fou genre ce que je pensais dans ma tête sur plein de sujets et tout, même des sujets que je ne peux que en parler mais je ne peux rien changer, genre le monde, la société tout ça. Bordel mais on peut pas bouffer des frites tranquilles ptdr ?!! Donc voilà il ya des fois où je voyais qu’elle captait pas mais que ça l’intéressait quand même un peu. Mais des fois aussi, je voyais bien que c’était pas son genre de délires.
Très franchement, je ne m’attendais pas à la mettre en boîte avec si peu. « Prosélytisme » ne me semble pas être un mot plus compliqué que ça (à part peut-être pour ma grand-mère) et le fait que derrière, il ne semble pas lui venir à l’esprit qu’elle pourrait en chercher la définition pour tenter de comprendre ce que je suis en train de lui raconter en révèle quand même beaucoup sur ses capacités d’analyse et de réflexion.
Ce n’est pas la première fois qu’Annie me demandait le sens de certains mots que j’employais et pourtant je n’ai pas un registre de langage particulièrement élevé. Si je n’ai rien contre le principe (on ne peut pas tout savoir), les mots qui lui posaient problème étaient suffisamment ordinaires pour que ça puisse commencer à poser problème dans la moindre conversation un tant soit peu subtile. En plus de devoir simplifier mes pensées, si je suis obligé d’appauvrir mon vocabulaire et mes références, il ne va pas me rester beaucoup de latitude pour m’exprimer et je vais vite avoir l’impression de discuter avec une fille de 12 ans.
Le troisième exemple concerne nos goûts télévisuels. Voilà qu’Annie, le même jour sur MSN (décidément…), me propose de me faire découvrir une série TV que je ne connais pas :
N’étant pas du genre à rendre des jugements définitifs avant de voir, j’ai tout de même pris la peine d’aller jeter un œil à cette « série trop bien » pour voir ce que ça pouvait donner. J’entends souvent que le cinéma et la télévision sont des affaires de goûts comme peut l’être la musique, et que ça ne peut pas avoir d’autre répercussion dans un couple que de permettre de regarder des choses ensemble (ou pas).
Evidemment que c’est vrai ! Si je ne supporte pas « Plus Belle La Vie » alors que ma nana, si, eh ben, personne ne m’oblige à regarder pendant qu’elle regarde quand même !! Mdr le mec relou !! Chacun respecte ce que l’autre a envie de regarder parce que chacun a sa personnalité et ses propres goûts et quand on aime un même truc, on peut toujours le regarder ensemble pour mieux en profiter. C’est pas parce qu’on regarde « Plus Belle La Vie » qu’on ne peut pas être sympa !!
Le seul truc, c’est de ne pas avoir des goûts différents au point que chacun a envie de regarder un même truc qui passe en même temps sur deux chaînes différentes pendant qu’on mange, ce qui obligerait l’un à aller manger dans la chambre devant la seconde TV. Bonjour les taches de bolognaise sur les draps !
Evidemment, c’est archifaux et c’est bien peu réfléchir aux implications de nos goûts. La musique comme la cuisine est un plaisir assez insaisissable a contrario d’un film ou d’une série qui, comme un livre, fait beaucoup plus appel à notre entendement. Du coup, nos préférences cinématographiques ou littéraires sont bien plus révélatrices de ce que nous sommes et de ce qui est susceptible de répondre à nos préoccupations que ce que beaucoup ne voudraient bien le croire.
Il est donc très intéressant de jeter un œil aux goûts de quelqu’un et de voir ce qu’il aime vraiment, ce qui le captive le plus en pratique. Ce n’est pas un hasard si le public de « Taxi » n’est pas le même que celui de « 2001 : L’odyssée de l’Espace », et ce n’est pas qu’une question de génération ou de genre.
Me voilà donc à regarder « Cœur Océan », une série qui suit les vacances d’été à l’île de Ré d’un groupe de grands adolescents. Il faut quand même prendre en compte au départ que la série s’adresse au « public jeunesse » de France 2 (elle était diffusée dans KD2A) et que la grande naïveté de l’ensemble est forcément plus pardonnable que dans un « Lost » qui s’adresse à un public adulte (donc théoriquement en pleine possession de ses moyens). Je me suis ainsi regardé toute la première saison pendant mes petits déjeuners (après m’être enfilé goulûment les semaines précédentes « Les Mystérieuses Cités d’Or » et « Tom Sawyer » : j’aime assez la légèreté le matin pour accompagner mon café et mes tartines au miel) et il me faut reconnaître que c’était plutôt frais et plaisant dans ce cadre. C’est une série française donc forcément mal jouée et/ou mal écrite (à qui la faute ?) et c’est plus que cucul la praline. Malgré tout, c’est une « série jeunesse » française et pas américaine, et à ce titre, on a parfois le droit d’entendre parler de sexe à trois sans qu’il s’agisse de gros pervers drogués en perdition, et une fille peut s’intéresser et sortir successivement avec plusieurs garçons au fil des épisodes sans qu’elle soit considérée implicitement comme une salope. Pour le reste, difficile d’y trouver un profond intérêt – autre que sociologique – si on a plus de 18 ans…
Bon mais hé, le mec dans la colonne de droite, là ? Tu vas parler des séries TV pendant encore combien de temps ?? Non parce que tu la baises la nana, quand même de temps en temps ? MDR !!! Parce que si elle a rien d’autre à faire, ça m’étonne pas qu’elle soit obligée de se taper « Cœur Océan » pour prendre son plaisir, on fait avec ce qu’on a lol !
Bref, je n’ai pas d’autres exemples de manque de feeling à montrer. Il m’arrivait souvent de voir qu’Annie et moi on n’avait pas trop les mêmes sujets de conversation. Je le voyais quand j’essayais de parler de certains trucs et que je sentais qu’elle n’avait pas d’avis là dessus. Elle était plus dans le trip « histoires des copines », ou elle aimait bien me montrer des groupes de musique que je ne connaissais pas alors que c’est vrai que j’aurais préféré parler aussi de trucs autres, pas que de nos petites histoires personnelles. Mais bon après, chacun voit midi à sa porte, y’a pas de souci et chacun parle de ce dont il a envie de parler. On est en démocratie !
Alors forcément, face à une Annie en transe devant sa « série trop bien », je ne pouvais que me sentir des plus sceptique quant à la compatibilité de nos sujets de conversation. Je comprends bien que ce n’est peut-être pas sa série préférée mais de là à prendre un plaisir entier devant des intrigues qui pourraient faire rire un préado, il y a de quoi laisser songeur.
Je n’ai pas d’autres exemples concrets comme ceux-ci. Il m’arrivait souvent de voir que dès que j’abordais des sujets de manière théorique, ou que je tentais de réfléchir sur des thèmes particuliers, qu’ils soient d’actualité ou plus généraux, je la perdais tout de suite parce que ce n’était pas le genre de discussions dont elle avait l’habitude et ce n’était pas forcément à sa portée. Elle préférait me raconter sa journée, me parler de ses groupes de musique préférés ou me confier les frasques amoureuses de sa meilleure amie. Peut-être que si je lui avais mis deux petites couettes, j’aurais eu l’impression de me taper une fille de 14 ans légalement.
On pourrait être tenté de penser que son jeune âge – 23 ans – pouvait jouer dans ce qui pourrait n’être qu’un problème de maturité intellectuelle, et que du haut de mes plus de trente berges, je ne devrais pas exiger chez une fille de presque dix ans de moins que moi les mêmes centres d’intérêt. Par le plus grand des hasards, il se trouve qu’Annie n’a qu’un seul jour d’écart avec Léa (!) donc la différence entre les deux ne faisait que me sauter assez violemment au visage.
On a beau dire, après 18 mois de la même nana, je m’étais habitué à un certain niveau de meuf quand même. Franchement, après, repasser à une meuf d’un niveau en dessous, c’est trop trop dur lol. Ca te fout même la hchouma de discuter avec et tu sens que ça va trop pas le faire une fois que t’auras fait des cochonneries avec ! Quand j’ai rencontré Annie la première fois, je l’ai trouvée hyper sympa et tout mais faut que j’avoue que je ne me souvenais plus de ce que c’était une fille normale lol.
Après 18 mois de relation exclusive avec Léa, je m’étais habitué à ne pas avoir besoin de sous-titrer mes paroles, à pouvoir débattre de tout à égalité avec elle, à confronter nos expériences et nos points de vue, et je n’ai jamais senti le moindre décalage entre elle et moi. Ce contraste entre elles deux, c’est ce qui m’a le plus frappé lorsque j’ai rencontré Annie la première fois et je dois confesser avoir ressenti une certaine gêne teintée de honte face au décalage que je sentais entre nous.
Le but de ce post n’est pas de charger Annie, c’est une fille très gentille avec des valeurs humaines que j’apprécie, valeurs qui font partie pour moi des choses essentielles que je recherche dans mes relations. Elle est également loin d’être bête comme pourrait finir par le laisser entendre le développement de toutes ces réflexions. Comme je l’ai déjà dit, elle a une intelligence normale, ordinaire. Non, l’intérêt de ce post, c’est toujours de creuser, d’essayer de développer ses impressions et ses réflexions sur les relations. Et vous, alors ? Que pensez-vous de tout ça ? Vous êtes-vous déjà retrouvés dans des relations où vous sentiez un décalage ? Quels petits détails dans vos vies sentimentales vous ont marqué plus que d’autres, qui témoigneraient de votre discordance ?
Après une première semaine plutôt savoureuse qui a ponctué ma rencontre avec Annie, ma relation avec elle est devenue par la suite, comme je pouvais m’y attendre, plus ordinaire. Rien n’est venu renouveler mon intérêt pour elle, et mon désir de la voir et de faire des choses avec elle a chuté en flèche. Quand le plaisir de la découverte et la tension sexuelle liée à la nouveauté retombent, tout ce qui manque pour qu’une relation fonctionne surgit et prend le pas sur tout le reste. Ca rend le tout du coup beaucoup moins glamour.
Ce n’est pas sexuellement que ça n’allait pas, même si je préfère les filles qui sont friandes de préliminaires et qui ne jurent pas que par la pénétration comme c’est malencontreusement le cas d’Annie. En dehors de ça, j’aimais bien son corps et ses réactions, sa sensualité et sa manière d’exprimer son plaisir. Etrangement, son apparente timidité voire naïveté des débuts de notre rencontre (le fait qu’elle ait préféré attendre un peu avant qu’on couche ensemble, le fait qu’elle ait été gênée par mes pourtant légères allusions grivoises, le fait que j’aie pu l’embarrasser par la simple évocation de faire l’amour avant notre première fois ensemble) tranchait énormément avec son expérience en pratique : elle avait déjà eu des relations d’un soir, elle avait déjà expérimenté le sexe à trois avec deux garçons, comme avec un garçon et une fille (ah les filles d’aujourd’hui…). Malgré son occasionnelle bisexualité (ou bi-curiosité, comme on dit), ça ne l’empêchait pas de me répéter quand je lui disais que ça me faisait fantasmer que ce n’est pas avec elle que je pourrais expérimenter ça ! Que la vie est injuste ! Etonnant d’avoir eu l’occasion d’essayer tant de choses par le passé et de vouloir à 23 ans déjà revenir vers plus de classicisme. Moi je conçois plutôt les choses à l’envers : mes envies et mes désirs sexuels ont plutôt tendance à évoluer avec le temps vers plus de variété et il y a des choses que j’aime aujourd’hui et que je ne recherchais pas à 20 ans.
Non, ce qui ne me convient pas chez Annie est plutôt à aller chercher du côté des affinités intellectuelles. Mais avant d’aller plus loin, il m’est nécessaire de prendre en compte la sensibilité de chacun. Par le passé, j’ai trop souvent heurté celle de mes lecteurs et j’en suis profondément désolé. Avec ma nouvelle adresse anadema.fr, je me dois d’être plus sage, plus conciliant et plus tolérant. Aussi, en guise de bonne volonté, ai-je souhaité vous offrir aujourd’hui l’occasion de choisir parmi deux le discours que vous êtes susceptibles de concevoir le mieux. Pour faire le bon choix de texte, servez-vous de l’iconographie que j’ai conçue spécialement pour vous guider. Dans tous les cas, si ce que vous lisez vous laisse sceptique, il n’est jamais trop tard pour changer de colonne.
J’ai encore souvent tendance à idéaliser un peu les filles que je rencontre, même si j’essaie d’être prudent afin de m’éviter des déceptions. Lorsque j’ai rencontré Annie sur AdopteUnMec, je me suis laissé bercer par ses jolies photos et par son écrit sans fautes. Mais je ne dis pas qu’on ne peut pas être intéressant quand on est moche. D’ailleurs, qu’est-ce que la mocheté ? Si tous les gens du monde avaient la bouche de travers et louchaient, on trouverait cela tout à fait normal et même beau ! Les mannequins auraient la bouche de travers dans les magazines et ceux qui auraient la bouche droite seraient taxés de moches. C’est dire si tout cela est relatif (et je ne suis pas Einstein). Idem, faire des fautes n’empêche pas de faire comprendre ses idées (si on en a (mais je ne dis pas qu’on n’a pas d’idées quand on fait des fautes)). Toujours est-il que j’ai malgré tout senti un certain manque de feeling lorsque j’ai rencontré en vrai Annie lors d’un déjeuner.
Il est vrai que les sites de rencontres sont si vastes que l’on peut parfois s’y sentir perdu. Quand on est habitué à rencontrer des nouvelles personnes ponctuellement grâce à ses amis ou à son travail, on se sent un peu dépassé lorsque d’un seul coup un site semble vouloir nous présenter des milliers de personnes en même temps. Et à moins de vouloir passer sa vie devant son ordinateur, on ne peut pas envisager de parler à tout le monde, surtout quand on sent bien qu’il y en a avec lesquels ça ne le fera jamais (pas les mêmes délires ou répulsion physique : désolé mais ça arrive, on n’y peut rien). Donc on n’a vraiment pas le choix : il faut essayer de réfléchir à ce qui nous fait le plus craquer chez les autres. On peut jeter un coup d’œil chez nos exs, sans toutefois essayer de retrouver un clone d’un amour perdu, ce ne serait pas sain. Le but est surtout d’essayer de retrouver celles et ceux avec lesquels nous sommes le plus susceptibles d’avoir du feeling. Ne jamais oublier que tant qu’on ne se pose pas les bonnes questions, on ne risque pas d’obtenir les bonnes réponses !
J’ai souvent tendance à surestimer les filles que je rencontre, ce doit être lié à la fois à un chronique manque de confiance en moi et à une petite tendance à l’idéalisation dont je n’ai jamais vraiment réussi à me débarrasser. Malgré tout, au final, je suis rarement déçu parce que j’ai appris à être prudent et à passer outre ce que je pourrais m’imaginer ou espérer. Lorsque j’ai rencontré Annie sur AdopteUnMec, je me suis laissé bercer par ses jolies photos et par son écrit sans fautes. Quand on voit la part d’illettrisme affolante qui court sur les sites de rencontres, on est vite tenté de trouver du génie dans le moindre phrasé correct et soigné. Evidemment, lorsque j’ai rencontré Annie pour déjeuner avec elle comme elle me l’avait proposé, j’ai vite été fixé sur ses capacités intellectuelles. Capacités pas déplorables, loin de là. Mais c’est une fille ordinaire avec une intelligence ordinaire, donc avec des perceptions et un entendement limités.
C’est un peu l’inconvénient des sites de rencontres de brasser les célibataires à outrance et de nous mettre par défaut en contact avec tout le monde, donc avec une majorité de personnes à qui nous n’aurions rien à dire dans la vie courante. Le filtre social que notre milieu (personnel et professionnel) appliquait pour toutes les rencontres « naturelles » que nous faisions est ici absent. Celles et ceux que nous sommes amenés à croiser ne sont plus triés par nos amis, ne sont plus sélectionnés par notre réseau professionnel. Dans l’idée, c’est finalement un peu le collège… avec son lot de crétins notoires et de têtes d’ampoule tous mélangés ensemble dans un improbable melting-pot qui peine à cacher derrière l’égalité des chances un abîme d’entendement. C’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à faire, sur un site de rencontres, de savoir quels filtres réinstaurer, tant nous ne sommes pas habitués à définir rationnellement nos préférences et exigences en terme d’amour et d’amitié, exigences dont nous préférons appeler la manifestation : le feeling.
Tout ceci ne remet pas en question mon plaisir d’avoir rencontré Annie. Je n’avais pas eu de nouvelle relation avec une fille rencontrée sur Internet depuis la fin de l’année 2005, et la rapidité de notre rencontre associée au fait qu’elle s’était faite grâce à un nouveau site de rencontres que je découvrais tout juste ajoutaient au charme spécial de l’ensemble. Et puis, il y a quantité de choses que j’appréciais chez Annie : sa douceur, sa gentillesse spontanée, sa sincérité, autant de qualités que j’apprécie particulièrement, tant je tente de fuir les filles cyniques et blasées qui confondent les relations humaines avec des contrats d’embauche.
Pour autant, toutes les qualités du monde ne suffisent pas à combler un fossé d’affinités. Les conversations sont toujours moins intéressantes quand le feeling manque. Et ce n’est pas avec cela que l’on va être plus complice… Quand j’ai rencontré Annie, j’ai vite senti que je ne pouvais pas parler avec elle de la même façon qu’avec mes meilleurs amis. Et ce n’est pas parce que mes amis me connaissent mieux. Je la sens moins cérébrale on va dire, même si mes amis aiment aussi faire les « cons » (ils ne passent pas leur temps à se prendre la tête sur plein de trucs non plus). Cela pourrait paraître arrogant de ma part mais je ne prétends aucunement être plus intelligent que tout le monde pas plus que je dis qu’Annie est plus stupide que quiconque. C’est juste qu’entre nous, je sens un certain décalage qui fait que je ne peux pas me laisser aller à toutes les réflexions et délires.
C’est d’autant plus frustrant que j’aime bien, moi, dans une relation, pouvoir discuter avec ma p’tite nana, tranquille au chaud sous la couette par exemple, et refaire le monde en se posant plein de questions ensemble. Mais pour cela, encore faut-il avoir le même genre de questionnement sinon voilà le décalage ! Finalement, est-ce qu’avoir les mêmes goûts en musique ou en film, aimer les mêmes plats ou les mêmes comiques, ça suffit vraiment pour qu’une relation fonctionne ? Ou alors faut-il plus ?
Pour autant, toutes les qualités du monde ne suffisent pas à combler un fossé d’acuité intellectuelle. Fossé qui nuit à l’intérêt de toute conversation autre que « météo-rologique » et qui limite grandement l’espoir d’une véritable complicité. Dès ma rencontre physique avec Annie, j’ai senti qu’il fallait que j’adapte mon discours, que j’abaisse mon niveau de réflexion et que je sous-titre mes paroles. C’est le genre de choses que l’on sent instantanément et instinctivement face à son interlocuteur, dans ses réactions et ses paroles, lesquelles nous dressent les limites de ce que l’on pourra envisager de dire ou pas. Un peu comme lorsque l’on quitte ses amis proches pour rejoindre ces fêtes de famille où l’on se retrouve inexorablement face à des conversations dont le cruel décalage dans les préoccupations et la façon d’appréhender le monde nous saute à la gorge.
C’est d’autant plus frustrant lorsqu’il s’agit d’une rencontre potentiellement sentimentale et que c’est la dernière des situations où l’on a envie de faire un effort de simplification de ses pensées. Moi qui ne conçois pas une relation sentimentale comme basée simplement sur une succession de points communs ou d’affinités relatives, il ne m’est du coup jamais apparu comme envisageable que ma relation avec Annie puisse se transformer en autre chose qu’une jolie rencontre de quelques semaines.
Revenu de mes premières impressions à chaud, j’écarte un peu l’idée que L. puisse être un genre de travailleuse du sexe, parce que ça me semble tout de même assez improbable. Mais je garde sur elle une impression étrange. Les photos de son profil montrent une femme nettement au dessus de la moyenne de JeContacte (en particulier dans sa tranche d’âge), ce qui en soi peut déjà être suspect. C’est susceptible aussi de la rendre quasi inaccessible. Qu’elle ne le soit pas et qu’elle se révèle aussi insistante avec moi pour que j’allume ma webcam me pousse davantage encore à être méfiant. Lorsque l’on est inscrit sur un site de rencontres, la méfiance est toujours prête à poindre au moindre surgissement d’un élément ou d’un comportement étrange. L’argument vaut bien sûr pour L. aussi et il est normal qu’elle exprime des doutes si elle trouve ma photo un peu trop belle pour être vraie, d’autant plus que j’ai souvent entendu parler de fausses photos d’hommes pour appâter les femmes. Encore une fois, il faut prendre en compte le contexte du site : ma photo n’a vraiment rien d’extraordinaire (d’ailleurs, Léa ne l’aime pas) et si elle apparaît comme ordinaire sur un site comme Badoo ou AdopteUnMec, je comprends qu’elle puisse trancher avec la médiocrité globale des photos de JeContacte. Comme on dit, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.
Je joue donc le jeu en ressortant ma webcam quelques jours plus tard de mon bric-à-brac de bidules informatiques, et j’écris un mail à L. pour l’en informer :
Quelques jours plus tard, alors que nous nous recroisons sur MSN, je l’aborde sur le tchat :
Je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces filles qui se plaignent tout le temps de l’impatience des hommes, de leur peu de diplomatie et de leur obsession pour les webcams, au point de ne même pas s’embarrasser à cacher qu’il n’y a guère que ça qui les intéresse. Aussi cela me fait-il bizarre de me retrouver dans une situation inversée. Se faire taxer à l’occasion de « susceptible » juste parce que l’on tique sur le fait de se faire quémander dix fois une webcam, je crois qu’on a vu mieux, niveau tact ! L. a beau me dire plus loin que « on arrive pas toujours à faire passer les choses comme on voudrait et c’est souvent mal interprété », je persiste à penser qu’à son âge, quand on prétend avoir « une sensibilité à fleur de peau » comme elle l’indique sur son profil, on sait faire preuve justement de plus d’empathie. Mais peut-être est-ce lié aussi à sa génération pré-Web, laquelle ne maîtrise pas forcément aussi bien que les générations suivantes la communication dite virtuelle, notamment via les logiciels de messagerie instantanée ?
Bref, loin de moi l’idée de me formaliser, au vu de l’enjeu de toute façon limité de notre rencontre, et je ne m’attarde pas avec elle sur ces quelques impressions qui m’accompagnent pendant notre échange. Comme promis, je connecte ma webcam. Moi qui ne l’utilise presque jamais, ce sera toujours ça d’amusant. L. fait de même et nos caméras s’allument :
L. correspond bien physiquement à ce que je pouvais voir sur ses photos : elle est coquette et féminine. Elle n’a pas le côté austère et un peu éteint qu’ont beaucoup de femmes de son âge sur JeContacte, en plus d’avoir souvent pris vingt kilos au cours des années. Ce n’est trop pas mon genre de femmes, ne serait-ce que par son âge et son style peut-être un peu trop fardé. Mais elle a un indéniable charme.
Nous continuons à parler de cette histoire de fausses photos. Elle me raconte son expérience en la matière : « comme je te lai expliqué, j’ai parlé avec quelqu’un pendant 3 semaines, me suis confié ouvertement, je lui ai fais confiance et au bout je me suis sentie trahie quand il m’a enfin avoué que ce n’était pas lui sur la photo ». Voilà qui me surprendra toujours. Moi qui ai toujours peur de mettre une photo de moi trop avantageuse sur un site de rencontres, au risque de provoquer une déception lors d’une rencontre, à quoi peut bien s’attendre un mec qui met carrément une fausse photo, si ce n’est un profond malaise doublé d’une grimace d’épouvante ? J’avoue que je n’ai pas d’explication si ce n’est celle de croire que le seul but est de réussir à faire une rencontre effective, tous les moyens étant bons quelles qu’en soient les conséquences…
A partir du moment où l’on joue la carte de l’honnêteté et de l’implication, en parlant de soi de manière intime, il est normal de se sentir trahi lorsque l’on découvre que l’autre nous a menti sur des choses aussi essentielles.
Nous continuons à tchatter ensemble, webcams allumées. Pour profiter de cette situation, je lui propose de jouer à un jeu : se montrer des pochettes de disques que l’on apprécie pour se les faire deviner. Elle m’envoie une petite image de la pochette d’un vieux 45 tours des années 80. Surprise : L. a été une petite ado-star d’une chanson unique il y a plus de vingt ans. Une chanson inconnue au bataillon et qui a fait un bide comme beaucoup à l’époque. Elle m’envoie son MP3 pour que je puisse l’écouter. « tu te moques pas hein », qu’elle me lance ! « c’était les années 80 – j’étais jeune et c’est plutot cucu ». Ahah ! Je lance Winamp et j’écoute. La mélodie est effectivement très classique, un peu ringarde, très « années 80 ». Les paroles sont mièvres au possible (un amour adolescent) mais la chanson possède un certain charme et est agréable à écouter. La petite voix douce et innocente de L. est touchante et participe à l’atmosphère naïve qui se dégage du tout. Moi qui suis sensible à l’expression artistique sous toutes ses formes, je trouve très jolie l’expérience.
Malgré son mal de tête, nous sommes finalement restés à discuter avec nos webcams allumées pendant une bonne heure avant de nous souhaiter bonne nuit.
Après ça, nous n’avons pas eu l’occasion de retchatter ensemble pendant une vingtaine de jours. Je la recroise un jour sur MSN et, voyant que son sous-titre indique qu’elle vient de trouver le grand-amour, je la félicite sur le tchat et l’interroge :
Nous nous sommes quittés un peu plus tard. Je lui ai dit : « passe une bonne soirée ! Et je souhaite que votre histoire dure très longtemps ! » ce à quoi elle m’a répondu : « merci c gentil, je te souhaite de vivre la meme chose car c’est vraiment magnifique ». Ce fut ce soir-là notre dernière conversation ensemble, car nous nous sommes retirés de notre liste de contacts peu de temps après.
Je ne sais trop pourquoi les premières histoires d’amour gardent une dimension si particulière dans notre cœur et sont si résistantes au temps. J’ai l’impression que ça touche à plus que de la simple nostalgie. Comme s’il y avait du pur et du sacré dans ces premières émotions. Finalement, la petite chanteuse retrouve le grand amour vingt ans plus tard avec celui qui était dans ses pensées quand elle enregistrait son disque, c’est beau comme dans un film.
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