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Mardi 20 avril 2010 Il n’était pas censé y avoir de suite particulière avec Annie. Nous nous étions expliqués l’un et l’autre et avions rompu dans les règles de l’art. Comme elle n’entrevoyait pas la possibilité que nous puissions continuer à nous voir dans une dimension sensuelle et que j’étais loin d’avoir suffisamment d’affinités avec elle pour envisager que nous puissions garder une relation quelle qu’elle soit, je m’attendais à ce que nos échanges s’espacent jusqu’à ce que nous perdions le contact. Mais nous avions eu par MSN un dernier échange un peu chaud, ce que j’avais pris d’une certaine manière pour la promesse d’une possible future soirée coquine entre nous.
Le mois d’août et nos vacances ont continué à nous faire nous éloigner l’un de l’autre. Mais elle m’a tout de même envoyé un SMS pour me faire un coucou et j’ai pris le temps de lui envoyer une carte postale. A la rentrée en septembre 2008, nous retchattons un peu ensemble lorsque nous nous croisons sur MSN. Dès que l’occasion se présente, je ne manque pas de tâter le terrain pour voir si elle est toujours « célibataire » :

J’enchaîne sur une anecdote personnelle : j’ai trouvé très étrange que l’on m’offre récemment, emballé dans du papier cadeau, du linge de maison ! N’est-ce pas un cadeau pour une grand-mère ? Une grande serviette de bain de la couleur préférée – coincidence – d’Annie ! Elle me répond qu’elle peut très volontiers m’en débarrasser si je n’en veux pas. Je lui dis qu’elle rêve et que si elle veut s’essuyer dans ma belle et grande serviette, il lui faudra prendre les transports en commun. Elle me répond que je ne perds pas le nord… mais pas que c’est hors de question…
J’allais dire « étonnament » alors que ça devrait plutôt être « bien évidemment », le schéma qui s’était produit au début du mois d’août – à savoir ma tendance naturelle à sexualiser mes propos et le complexe que ça provoque chez Annie jusqu’à ce qu’elle m’en manifeste le reproche – s’est reproduit au mois de septembre exactement de la même façon. Nous parlions de cinéma, de séries TV et de chocolat. Puis elle enchaîne sur une histoire d’échantillons gratuits de crèmes coquines. Ce qui évidemment me ramène à celles qu’elle m’avait amenées et que j’avais utilisées sur elle il y a de cela quelques mois. Elle m’explique qu’elle en a commandé encore. Je lui dis affectueusement qu’elle est une petite obsédée. Elle me répond que je le suis encore plus qu’elle. Je joue à lui démontrer que non, que je suis un ange. Elle me rétorque que je lui fais tout le temps des allusions. Je lui lance que je n’en ferai plus aucune et je m’amuse à lui détailler tout ce que je lui promets de ne plus lui dire. Loin d’être amusée ou émoustillée, elle m’enjoins d’arrêter et me demande : « pourquoi tu me fais tjs des allusion comme ça? tu peux pas me dire d’autres trucs qui me rassureraient plus? » Je lui fais remarquer que c’est elle qui me parle de ses échantillons à vocation sexuelle et lui demande ce qui la rassurerait. Elle me répond : « ben des trucs qui ne me donnent pas l’impression que tu as juste envie de me sauter… » Incompréhension mutuelle.
Avec le recul d’aujourd’hui, puisque les événements ont tout de même un an et et demi, je ne peux m’empêcher de remarquer plusieurs choses. Certes, Annie était à la recherche d’un élan amoureux de la part d’un garçon et cela la gênait de déceler chez moi principalement du désir sexuel. Mais ça ne légitime pas son incohérence. Non seulement, je n’ai pas passé mon temps à lui faire des allusions grivoises, comme en témoigne l’historique de nos conversations en septembre : nous avons parlé la plupart du temps de travail, de bonnes choses à manger, de nos voyages, de cinéma sans qu’il n’y ait la moindre connotation érotique de ma part. Mais en plus, lorsqu’il y en a eu à d’autres moments, elles ont été souvent largement encouragées : lui parlant par exemple d’un massage que j’avais envie de lui faire si elle venait chez moi, elle m’avait répondu que je ne pouvais plus lui en faire. Je lui avais demandé pourquoi et elle m’avait répondu : « parce qu’après je vais en redemander! ». Je pense qu’Annie, comme beaucoup de gens, a du mal à assumer complètement sa sexualité, par inhibition culturelle sans doute, et qu’elle ne comprend pas bien tout ce qui motive ses actes. Ce qui nous relie n’est pas une relation professionnelle, pas plus qu’une amitié asexuée. Pense-t-elle que je me serais retrouvé à passer des heures cumulées à tchatter avec elle si elle avait été un homme ? Et que j’aurais cherché de la même façon à l’inviter chez moi pour manger du chocolat et lui faire des massages ?! J’espère que non, quand même ! Pour moi, la dimension sensuelle et sexuelle s’ajoute au reste – ce que nous pouvons partager de manière amicale – comme un complément sublime et essentiel à notre relation humaine. Ce n’est pas avilissant de près ou de loin que de désirer sexuellement quelqu’un et ça ne le réduit pas à « quelqu’un qu’on a simplement envie de sauter » ! Un intellectuel devrait-il, dès qu’on s’intéresse à son point de vue, se plaindre qu’on n’en veut qu’après son esprit ? On peut s’offusquer de n’intéresser les autres que pour son argent parce que c’est quelque chose d’extérieur à soi. Mais pourquoi ce qui tient du charnel est-il si souvent pris comme dévalorisant, alors que ce sont précisément les compliments sur le physique – et donc l’attrait sexuel que cela nous donne – qui sont ceux qui nous touchent le plus ? C’est un peu le paradoxe de la fille en minijupe qui supporte mal les regards de convoitise qu’elle suscite. Comme si elle ne percevait pas que c’est la dimension sexy plus qu’esthétique qu’elle poursuit en s’habillant ainsi et qu’elle n’assumait pas de faire naître bien légitimement du désir chez les hommes. Alors qu’elle serait dans le même temps profondément affectée si personne ne pensait à la regarder. Un homme en Ferrari pourrait-il s’attendre à ce qu’on ne regarde pas sa voiture ? Je m’attends donc à ce qu’Annie assume le désir que je peux avoir pour elle parce que nous n’avons jamais été dans un rapport asexué. Et qu’elle m’intéresse avant tout pour ce qu’elle est intrinsèquement – une femme – bien avant ce qu’elle peut avoir dans la tête. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas à refuser mes avances ou qu’elle ne peut pas me recadrer si elle me trouve sur un registre sexuel trop explicite avec elle. Mais elle ne peut pas me parler de sa commande de crème pour les fesses et s’attendre à ce que je ne lui en parle pas, de ses fesses !
J’ai tout de même dit à Annie que j’allais faire un effort pour désexualiser mes paroles, prenant en compte sa sensibilité, et je n’ai plus fait d’allusions. Ce qui ne signifie pas que j’ai renoncé à mon désir. Nous sommes allés ensemble au cinéma quelques jours après, un soir en semaine. « Amicalement », donc. Elle avait gagné deux places de ciné et elle avait eu la gentillesse de vouloir les partager avec moi. La soirée s’était bien déroulée (je ne sais plus exactement comment elle s’était passée, ça remonte à trop loin !). Suffisamment bien en tout cas pour que nous décidions de nous revoir le dimanche d’après… chez moi !

Si je désexualise mes paroles, est-elle bien certaine de désexualiser les siennes, aussi indirect en soit leur objet ? Toujours est-il que j’avais bien préparé les choses : de délicieux Rochers Suchard à savourer ensemble devant des épisodes de How I Met Your Mother qu’elle ne connaissait pas et que je venais de découvrir. Il me semblait que cela pourrait bien lui plaire.
Je ne sais plus tout à fait comment l’après-midi s’est déroulée. Je crois qu’on a regardé plusieurs épisodes d’affilée de How I Met Your Mother tellement cela lui a plu et tellement elle me l’a réclamé. Mais je ne sais plus exactement quel a été le cheminement des évènements entre le moment où j’étais allongé près d’elle à promener tendrement mes doigts sur ses bras et le moment où elle était complètement nue à quatre pattes sur mon lit pendant que je la prenais sauvagement et qu’elle tentait d’arracher mes draps.
Après cette délicieuse après-midi et soirée passées ensemble, je l’ai raccompagnée au métro. Ce n’est qu’au moment de me coucher que j’ai constaté les quelques marques de ses ongles qu’elle m’avait laissées en souvenir sur mon épaule droite, la coquine ! Je me suis empressé de prendre une photo pour constater le délit et je la lui ai envoyée. Elle m’a répondu quelque chose du style : « Haaaan j’ai trop honte ! Je suis désolée mais c’est de ta faute, tu n’avais qu’à pas me donner autant de plaisir ! ». Vous noterez que j’ai beaucoup moins de mal à me souvenir de son message que de tout le reste même après tout ce temps, c’est fou comme la mémoire des hommes est sélective !
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