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Lundi 15 février 2010 Je vous ai déjà parlé de cette solitude de se sentir différent que je ressens souvent sur certains sites de rencontres comme JeContacte ou comme Badoo. Solitude essentiellement nourrie par un décalage intellectuel que l’on ressent entre soi et les autres comme étant un abîme absolument infranchissable. Au point de ne pas être loin de se sentir parfois comme un handicapé social, incapable de s’épanouir dans ses relations avec les autres. Oh, cela aurait vite fait de paraître prétentieux : s’agit-il de juger les autres comme stupides et méprisables simplement parce qu’ils ne sortent pas de Sciences Po ou parce qu’ils n’ont pas envie de discourir à 23h00 sur la contextualisation hégélienne ? Ah, si seulement, mes bons amis… Mais il ne s’agit pas la plupart du temps d’aller éprouver des points de convergence philosophique. On en est souvent rendu à simplement espérer trouver quelqu’un capable d’écrire et de comprendre des phrases… Une prouesse, déjà…
Les belles formules ne valant pas les démonstrations pratiques, après les jolies illustrations d’incommunicabilité que je vous avais montrées la fois précédente, en voici deux nouvelles dont je vous laisse juger de la valeur.
La première concerne une fille d’une vingtaine d’années – Linda – avec laquelle j’avais échangé quelques mots sur Badoo au mois de mai 2008. Tout avait commencé pendant que je m’amusais à donner quelques notes (sur dix) à des photos aléatoires de jeunes femmes comme c’est la coutume sur le site. J’avais accordé un « 1 » (note minimum) à une horrible photo (sans doute une grosse à moustache en photo devant son frigo) et dans ma hâte (de faire disparaître le cliché), j’avais cliqué deux fois, accordant malencontreusement un nouveau « 1 » à une innocente victime : Linda ! Pourtant pas gâtée par les notes, elle ne le méritait vraiment pas, et sachant par expérience qu’on encaisse moyennement une note désastreuse sur son physique, j’étais allé lui laisser un petit mot dans les commentaires de son profil pour réparer l’offense et m’excuser :
« Bonsoir, je t’ai mis "1" comme note mais c’est une erreur de ma part : j’ai cliqué trop rapidement après avoir vu une photo horrible (vraiment horrible). Ta photo méritait une excellente note et j’espère que tu me pardonneras cette injustice ! »
Bref, cela s’arrêtait là pour moi et je n’y aurais plus repensé si la demoiselle n’était pas venue à ma rencontre sur le tchat une quinzaine de jours plus tard :

Je crois qu’il y a des niveaux de syntaxe qui vont au-delà de ce que je peux humainement supporter. Vous vous rendez compte que cette fille s’y est reprise à trois fois pour me dire quelles études elle faisait et qu’elle n’a jamais été capable de l’écrire une seule fois correctement ? Ce n’est même plus une histoire d’être nul en orthographe et d’avoir des problèmes avec des accords ou des verbes conjugués : ça commence à tenir de la difficulté à pouvoir écrire ne serait-ce que son prénom ! Et ça fait des études supérieures ! Et ça va bientôt pouvoir prétendre manager autre chose qu’un balai ou des boîtes de nuggets ! Bref, je suis affligé…
Le second exemple concerne une conversation que j’avais eu avec une femme de 39 ans, Loulou, au mois de juillet 2008. Parfois, le niveau global sur Badoo était tellement bas que, pris de suffocation intellectuelle, je tentais dans un élan de panique de me rabattre sur des femmes beaucoup plus âgées, en caressant l’espoir que les années auraient réussi à combler la carence cérébrale manifeste des inscrites. Loulou était donc une femme apparemment charmante, mince et bien conservée, agnostique et d’un niveau universitaire, comme l’indiquait son profil :

Nous avons retchatté ensemble une fois quelques jours plus tard sur Badoo. J’ai continué à lui parler de manière aussi inintéressante, ce qui a continué à lui plaire, et ce qui nous a permis de passer sur MSN. Incroyable comme « l’inintéressant » peut être subjectif ! Je n’ai tout de même pas pu m’empêcher, par quelques questions, de la mettre face à ses contradictions vis à vis de ses attentes possibles avec moi, ce qu’elle n’a pas supporté : les gens pour qui la réflexion est en option ne supportent généralement pas les analyses, d’où qu’elles viennent.
Mais mon échange avec elle a été globalement intéressant parce qu’assez caractéristique de ce qui me pose problème avec la grande majorité des badoo-girls. Voilà une femme inscrite sur Badoo qui a une fiche avec des photos mais pas de texte, donc qui ne laisse pas de possibilité d’accroche particulière. Je l’aborde. Il faut non seulement mener la conversation parce qu’elle n’a visiblement rien à dire, ne pense rien et se contente de répondre aux questions comme si j’étais Jacques Martin à « L’école des fans ». Mais en plus de ça, elle s’émeut que mes questions ne sont pas des questions convenues ! Se contentant de réponses fermées (et quand encore elle comprend les questions, cf. Cacharel ou l’agnosticisme), aveugle au fait que je fais un effort pour essayer de lui trouver des questions amusantes à partir des miettes d’informations qu’elle laisse sur son profil, elle se permet en plus d’être contrariante avec son « tu es psy? » qui vaut comme un « z’êtes de la police ? », et son « questions bizarres » qui n’est pas loin de me faire passer pour le psychopathe de service.
L’horreur suprême pour moi est atteinte lorsque je me mets à parler avec un cerveau de mollusque et que c’est à partir de ce moment-là que la conversation prend enfin forme et se dynamise, et que cette femme se sent à l’aise au point de commencer à prendre des initiatives dans la conversation. Ah là là… Moi qui aime les échanges un tant soit peu sympas, amusants et originaux, je suis servi. Bref, inutile de s’épancher plus sur ce que l’on pourrait « audiardiser » en une phrase : ça fait pas deux minutes qu’on cause que déjà je m’emmerde !
Alors bien sûr, tout ceci n’aurait que peu d’importance ou de valeur symbolique si Badoo n’était pas rempli de Linda et de Laurence. Partout, tout le temps. Des centaines de milliers d’inscrits et une majorité de Linda et de Laurence. Une énigme !
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