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Mardi 21 avril 2009 Notre conversation se termine à 23h00 pile, lorsqu’Annie part se coucher. On ne peut vraiment pas dire que ce soit une couche-tard ! Certes, si elle doit se lever très tôt le lendemain matin, c’est assez compréhensible. Mais du coup, émoustillé et pas prêt, moi, à aller me coucher (tout seul), je n’ai pas envie plus que ça d’en rester là. Conjuguant ma curiosité naturelle, ma propension à fouiner, et mes talents d’internaute averti, me voici parti sur Google à la recherche d’indiscrétions sur elle. Je vais la googler. Au cas où…
On n’imagine pas à quel point, grâce à Google, il est possible de trouver tout un tas d’informations sur quelqu’un avec vraiment peu d’éléments de départ. Mode d’emploi pour googler, donc : le pseudo sur AdopteUnMec d’Annie est celui qu’elle reprend dans l’adresse de son blog. Je peux en déduire que c’est un pseudo attitré. Sur son blog, elle indique son adresse MSN qui ressemble, elle, à un autre pseudo. Me voilà avec deux pseudos sur lesquels commencer mes recherches. Je teste avec les pseudos seuls, l’adresse email complète, avec ou sans son prénom puis avec des combinaisons de tout ça. Je tombe sur plusieurs profils sur divers forums qui de toute évidence lui correspondent. Je parcours les messages qu’elle a écrit et je trouve des informations, notamment sur ses passions, sa perception des choses et quelques unes de ses occupations égrenées ici et là au cours des six ou sept dernières années (eh oui, l’activité d’Internet, ça commence à remonter à loin !). De fil en aiguille, en trouvant de nouveaux mots-clés et de nouveaux liens, je finis par tomber sur deux choses un peu plus intéressantes : un skyblog abandonné qu’elle écrivait quand elle avait 19 ans, consacré à un groupe de musique qu’elle apprécie (ou appréciait) et un vieux journal intime qui remonte à l’année où j’ai commencé mon blog ! En 2003, elle avait… 18 ans. Aucun doute possible sur l’identité de leur auteur : il y a des photos sur le skyblog, et des détails extrêmement précis sur la page du journal intime.
Pour qui ne serait pas très familier d’Internet et pas très à l’aise avec l’outil informatique en général, tout ça pourrait ressembler à une enquête de police geek et pathologique. En réalité, c’est vraiment très simple. Et copier-coller une suite de mots-clés dans Google, ce n’est l’affaire que de quelques secondes, pour un résultat souvent fructueux. Pour un internaute expérimenté, ce genre de recherches tient même du réflexe pour ne pas dire du bon sens. Car il s’agit surtout de savoir lancer des recherches judicieuses et de savoir repérer les résultats pertinents. Faites donc attention à ce que vous laissez traîner sur vous sur Internet !
Sur le skyblog de mademoiselle Annie, je trouve quelques photos d’elle lorsqu’elle était encore teenager (elle me semble d’ailleurs un peu plus ordinaire que sur ses photos d’AdopteUnMec (quoique ça dépende des photos)) ainsi que des petits bouts de textes sur sa passion pour son groupe de musique. A défaut d’y trouver une grande littérature, son blog n’est heureusement pas dans l’inénarrable style « skyblog »… Ouf ! Sur son autre site, son journal intime, s’il y a très peu d’articles, c’est beaucoup plus intime et mignon : elle y parle de ses différentes histoires de coeur dans un ton juvénile. Je ne saurais ne pas vous en faire profiter avec quelques petits extraits (où je n’y ai changé que les prénoms) :

Ponctuation et orthographe d’origine. On peut donc dire qu’elle écrit de manière soignée. Ce genre d’enthousiasme subit pour des petites histoires de coeur, cela m’a rappelé quand j’avais cet âge. Moi aussi, je m’emballais à l’excès pour des histoires de filles. Et des petits détails sur le registre de l’affectif étaient à même de remplir de couleur ma journée entière si ce n’est ma semaine. Moi-même d’ailleurs, j’essayais de tenir un journal intime papier (Internet n’existait pas vraiment encore) et ce que j’y écrivais y était dans le même ton adolescent un peu futile. A cet âge, les premières émotions amoureuses révolutionnent la vie, la remplisse d’optimisme et de jovialité, tout y est vécu de manière profonde et intense. Une éternité que je n’ai pas été transporté comme ça.
Un dernier petit extrait dans le plus pur style ado :

Ahah ! Elle n’imagine certainement pas une seconde que je suis tombé sur ce journal. Peut-être même qu’elle en a vaguement oublié l’existence. Je me garderai bien en tout cas d’y faire allusion demain au déjeuner, je ne voudrais pas la mettre mal à l’aise (voire qu’elle croit que je suis un psychopathe qui l’a traquée sur le net…).
C’est à 12h15 précisément (jeudi 22 mai 2008) près d’une station de métro que nous avons rendez-vous ensemble. Pour une fois, je ne suis pas en retard. Mais cela fait longtemps que je n’ai pas fait de rencontres comme ça et je suis tout de même un peu nerveux. D’ailleurs, c’est une inquiétude concernée essentiellement par le physique. Le blabla et la séduction, au fond, c’est peu de choses. Beaucoup se joue sur le premier regard et les premières impressions. Ce n’est pas de ne pas savoir quoi lui dire qui m’inquiète mais plutôt la possibilité de ne pas lui plaire ou de la décevoir physiquement. Parce que dans le regard de l’autre, c’est notre estime de soi qui est remise en jeu. Je monte les marches et sors de ma station de métro. Je jette un oeil autour de moi pour voir si je l’aperçois. Je crois qu’elle est arrivée quelques minutes plus tard, retardée par son travail. Je l’ai reconnue facilement. Nous nous faisons la bise et partons en quête d’un restaurant. Je la trouve quand même un peu moins bien que sur ses photos d’AdopteUnMec mais elle est tout aussi souriante et spontanée. C’est une fille féminine et naturelle comme je me l’étais imaginé. Comme nous sommes à côté de son lieu de travail, elle connaît bien les environs et me propose un restaurant japonais pas trop éloigné.
C’est l’heure du déjeuner et le restaurant est assez rempli. Comme cela arrive souvent, la place que l’on nous propose par défaut est quasi collée à une autre table où deux jeunes femmes sont en train de manger. Détestant ce genre de promiscuité imposée, je demande s’il n’y a pas une table un peu plus isolée et on nous en propose finalement une de quatre sans personne autour. Ouf, c’est beaucoup mieux ! Bonjour l’intimité si lorsque je parle, ma voisine de droite est plus près de moi qu’Annie elle-même ! Et drôlement embarrassant si dès que nous parlons d’AdopteUnMec et de notre rencontre, nous récoltons deux spectatrices des tenants et des aboutissants.
Tandis que nous croquons nos pièces japonaises, nous parlons de diverses choses : sites de rencontres, passions, travail. Annie est aussi gentille que l’impression que j’en avais eu sur le tchat. Souriante et naturelle. Elle m’avoue être timide et être un peu troublée (par la situation de notre rencontre). Comme j’aime l’implication et les confidences, je trouve cela mignon comme tout. Je trouve qu’elle fait très jeune. Physiquement d’abord et mentalement ensuite. Si dans le premier cas c’est plutôt bien, dans le second ça me gêne un peu plus. Malgré ses 23 ans, elle a un côté un peu insouciant et naïf. Je ne la sens pas non plus particulièrement cérébrale. Bref, il n’est pas impossible que je me sois un peu laissé abuser par son écriture fine et correcte. L’habit ne fait pas le moine (ni la syntaxe l’académicien). Mais je n’en suis pas moins content de ma rencontre : je trouve à Annie un côté glamour et spontané qui lui donne du charme et qui me plaît. Ce n’est certainement pas la femme de ma vie, mais peut-être une jolie rencontre légère et éphémère ? En tout cas, je ne serais pas contre.
Après une petite heure passée ensemble, nous nous levons de table et payons chacun notre part. Nous sortons dans la rue et faisons une partie de notre chemin ensemble. Elle ne peut pas rester plus longtemps car elle reprend son travail tout de suite. Nous n’avons pas parlé de notre rencontre et je ne sais pas trop ce qu’elle a pu en penser de son côté, si je lui ai plu ou pas. Nous nous faisons la bise et nous saluons. Peut-être que j’ai plaisanté sur un « à plus tard, peut-être… » en jouant les malotrus en puissance. Elle m’a fait un dernier sourire qui m’a un peu donné le sentiment que nous nous reverrions et nous nous sommes quittés.
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