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Mercredi 16 décembre 2009 De quoi ai-je envie aujourd’hui ? Voilà une question qui tient pour beaucoup de notre expérience personnelle et de nos réflexions sur la question des relations sentimentales. Notre conception des choses n’est pas immuable et dieu sait que la réponse a été fluctuante pour moi au cours de ces quinze dernières années.
A 18 ans, j’avais une vision très magnifiée, idyllique de l’amour. Celle des cartes postales. Pour moi, il n’était pas concevable de faire l’amour sans avoir de profonds sentiments pour l’autre ou du moins sans envisager le moindre potentiel dans une relation. Et un simple baiser suffisait à ratifier le commencement d’une relation. On était « célibataire » ou on ne l’était pas. Il n’y avait pas de place pour un entre-deux. Fort logiquement, je percevais l’infidélité comme le crime de lèse-majesté : horrible, monstrueux, impardonnable. Incompréhensible, aussi. Et il n’y avait pas besoin d’aller copuler ailleurs durant des heures pour que je considère cela comme criminel : le moindre échange de salive consentant valait pour une abominable trahison. Tous mes amis et amies avaient cette conception des choses et elle me semblait globalement l’unique acceptable. Oh, je savais bien qu’il y avait des couples libertins, des clubs échangistes et je voyais bien que l’expression de la sexualité dans « Basic Instinct » était assez particulière. Mais je ne me posais pas plus de questions que ça : je mettais ça sur le compte du Cinéma (qui intensifie les choses), et la sexualité « débridée » me semblait appartenir à un autre monde, celui des adultes (comprendre : les vieux de 30 / 40 ans). Comme un enfant qui ne soucie pas de payer sa redevance de télévision, je n’avais donc pas à me sentir plus concerné que cela.
A 21 ans, j’avais encore la même vision des choses mais j’étais plus apte à accepter que l’on puisse avoir une conception différente des relations. J’étais alors étudiant et logeais « chez l’habitant ». Nous étions plusieurs « colocataires » de profils et d’âges différents et nous passions de nombreuses soirées à discuter ensemble pendant le dîner. Claude devait avoir la quarantaine, il était sans emploi, au RMI et venait de divorcer. Sans maison, il s’était retrouvé avec nous « chez l’habitant ». C’était quelqu’un d’ouvert et de très humble qui aimait beaucoup parler. Sans être d’une grande intelligence, il avait surtout beaucoup de bon sens et savait raconter ses histoires. Comme il papillonnait à droite et à gauche en rencontrant tout un tas de femmes, il nous racontait ses aventures avec moult détails croustillants et avec un grand sens de l’humour. Et j’avais beaucoup de plaisir à l’écouter. Je me souviens d’une de ses relations qui m’avait beaucoup frappé : il voyait régulièrement une femme avec laquelle il savait que ça ne donnerait rien à terme. Pire, elle le pensait aussi. Pire, ils voyaient chacun d’autres personnes à côté. Et pire encore, ils en parlaient ensemble tous les deux au lit ! Cela me paraissait assez phénoménal de pouvoir discuter dans un lit de la fin future de sa relation avec l’autre et de ses histoires parallèles. Je continuais à penser que faire l’amour impliquait un minimum de sentiments et d’implication. Par « implication », j’entendais bien plus que de l’estime : un engagement et de l’exclusivité. Une relation ne pouvait pas avoir pour vocation d’être courte : elle devait avoir suffisamment de potentiel au départ pour qu’on ne puisse en deviner la fin. D’ailleurs, je me suis souvent dérobé à des possibilités de relations (courtes, donc), simplement parce que je voyais bien que ça ne pourrait rien donner de sérieux à terme. Pour autant, les filles ne me déplaisaient pas forcément. Mais plutôt que de flirter gaiement, je préférais rester sage dans mon coin. Avec le recul d’aujourd’hui, je me dis : quel con !
A 26 ans, lorsque j’ai commencé ce blog, ma vision des relations avait sensiblement évolué même si elle restait somme toute très classique et, il faut bien le dire, un peu naïve : si je pouvais concevoir qu’on puisse vivre une relation très agréable avec quelqu’un sans nécessairement être amoureux, j’accolais encore toute idée de rapport sexuel à une relation dont la fidélité faisait partie du lot de base incompressible. Une relation ne pouvait être qu’exclusive et si possible avec un potentiel d’amour derrière. Je pensais que si ce n’était pas le cas, il fallait être totalement honnête envers l’autre dès le départ et lui dire le fond de sa pensée. Mais c’était confondre « honnêteté » avec « transparence » parce qu’il y a plusieurs étapes dans une relation et que tout n’a pas à être dit tout de suite, dans le bien comme dans le mal. Il en va ainsi de la séduction comme des rapports humains en règle générale. Malgré ma vision traditionnelle des relations sentimentales, j’avais intégré qu’il existait des conceptions différentes des choses et je ne jugeais pas ceux qui faisaient de l’adultère un mode de vie et dont je croisais les témoignages sur les premiers blogs intimistes. Je n’envisageais plus moi-même la rupture comme la conséquence inéluctable d’une infidélité : je commençais à comprendre ce que goûter au sexe ailleurs pouvait avoir de simplement humain et je pouvais concevoir que celle que j’aime pût simplement céder un jour à son désir sans avoir envie de remettre en cause son amour pour moi.
Aujourd’hui, et à vrai dire depuis que j’ai commencé ce blog et fait toutes ces rencontres, et depuis que j’ai eu ici et ailleurs d’innombrables fois l’occasion de débattre et de réfléchir sur les relations humaines et amoureuses, ma conception du couple, de l’amour et du plaisir a connu une profonde révolution. J’ai une conception beaucoup plus souple et simple des relations et du rapport au sexe. J’ai cessé de vouloir systématiquement relier le plaisir physique à la relation engagée. Faire l’amour, c’est un échange intime empreint de plaisir, mais pourquoi vouloir lui accoler tant de contraintes et de charge ? Dans la suite logique, je ne considère plus l’infidélité comme un crime si grave. Le seul crime possible est de provoquer notre jalousie, laquelle est profondément douloureuse. Mais il en va ainsi de la nature humaine, tant dans le désir que dans la jalousie, et l’infidélité n’implique pas nécessairement que l’autre ne nous aime plus, bien au contraire. Je ne conçois plus les relations comme devant obligatoirement avoir un potentiel d’avenir. Une jolie histoire, qu’elle soit courte comme celle que j’ai vécu avec Annie pendant deux petits mois, n’est ni un échec ni une perte de temps : c’est une rencontre humaine et un plaisir sensuel. N’est-ce pas là l’essentiel de ce pour quoi nous sommes sur terre ?
Je ne remets pas en question le sens et la force de l’amour, le vrai. Il garde sa place si particulière et si magique, si unique. Mais l’amour ne se trouve pas à tous les coins de rue, c’est aussi sa rareté et sa fragilité qui en font son inestimable valeur. Et quand une relation n’est pas une relation d’amour, ça n’est pas pour autant un « plan cul », expression qui résume bien la vision réductrice que l’on peut avoir des rapports humains dès lors que l’on a des rapports sexuels sans amour. C’est un peu comme si je qualifiais tous ceux que je fréquente et qui ne sont pas mes vrais amis de « bouche-trous ». Je n’aime pas ce côté dénigrant qui consiste à estimer ce qui est de l’ordre de l’amour et à mépriser tout le reste. Les relations humaines sont faites de bien plus de nuances que cela. Tout autant que le plaisir moral et charnel que l’on en retire.
Alors ? De quoi ai-je envie aujourd’hui ?
J’ai envie de rencontrer une fille formidable (je ne dis pas « la » parce que je ne pense pas qu’elle soit unique) que je pourrais aimer et qui pourrait m’aimer. Avec laquelle je pourrais me sentir vivant et heureux. Avec laquelle je partagerais de profondes affinités et une grande complicité. Avec laquelle j’aurais envie de construire une relation pérenne. Cela fait si longtemps que je n’ai pas été amoureux qu’il ne me reste de l’amour qu’un souvenir factuel. J’en ai oublié l’essentiel : la sensation. Mais j’ai aussi plus que jamais envie de continuer à faire de jolies rencontres et de vivre des relations sans dessein particulier. Parce que les rencontres sont passionnantes et que leur donner une dimension sexuelle rend l’existence excitante (sans jeu de mots). Si j’ai l’impression d’être beaucoup plus libéré aujourd’hui et de bien mieux assumer la sexualité de manière générale, je suis tout de même resté aussi « fleur bleue » qu’à 18 ans. L’un n’empêche pas l’autre.
Voilà ce que fut mon cheminement de pensée sur les relations et sur l’amour depuis mon adolescence. Je n’ose pas dire que j’ai simplement mûri tant j’ai le sentiment que d’autres ont un cheminement inverse au mien : des envies de papillonnage et d’expérimentations à vingt ans et plus de mesure et de retenue, pour ne pas dire de classicisme, bien des années plus tard. Tout ceci doit être affaire de perception, même si je n’en comprends pas bien la mécanique. Je suis bien obligé aussi de remarquer la perceptible libéralisation des mœurs qui a frappé la société au cours des quinze dernières années qui me concernent et, en tant qu’homme inscrit dans son temps, je suis forcément influencé par cette transformation. Car le rapport que ma génération avait à la sexualité à 16 ans n’a plus rien à voir avec celui des teenagers d’aujourd’hui. Internet est passé par là.
Et vous, lecteurs et lectrices, de quoi avez-vous envie ? 
Que retenez-vous de cette évolution de ma conception des relations ? Quel âge avez-vous et quel a été votre propre cheminement de pensée sur l’amour et sur la sexualité ? Y a-t-il des expériences qui ont influencé votre perception des choses ? Avez-vous, vous aussi, remarqué des changements avec les générations d’avant ou d’après vous ?
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