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Lundi 15 novembre 2010 Oh, c’est si rigolo les ptites histoires à la noix que je ne peux pas ne pas vous faire profiter de celle-là. Parfois, on ne demande absolument rien et on se retrouve quand même embarqué dans une histoire que l’on pourrait qualifier de vaseuse. Le genre perte de temps ridicule entretenue par un effort inutile. J’ignore comment les relations humaines réussissent à être si inutilement compliquées, sans doute tient-on là une énigme de la nature.
L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui m’est arrivée pas plus tard qu’il y a huit jours. Ah, du frais ! M. est une jeune fille de moins de 25 ans que j’avais rencontrée pour la première fois via Internet il y a un peu plus de six mois. Ce n’était pas sur un site de rencontres mais sur un tout autre espace, dépourvu lui de connotation explicitement sentimentale, ce qui a bien sûr son importance dans l’appréhension d’une relation. Entre les réseaux sociaux comme MySpace ou Facebook, les tchats publics, Twitter, les sites d’actualités et blogs, ou classiquement les forums, on peut dire que les espaces pour se croiser et échanger sur la toile ne manquent pas. Et c’est comme ça que M. et moi nous étions rencontrés virtuellement et avions commencé à échanger quelques mails et même quelques coups de fil. Au demeurant, la manière était plus amicale qu’autre chose, la demoiselle habitant une autre région et ayant avec moi des affinités quand même très relatives. Son caractère passionné et sa chaleur me rendaient pour un temps nos échanges sympathiques et c’était suffisant comme cela. Bref : une petite relation virtuelle spontanée comme il y en a des millions. Nos contacts ont finis par s’estomper progressivement comme ils étaient venus, tout à fait naturellement. Ça aurait dû s’arrêter là.

Voilà que la semaine dernière, M. m’envoie un mail pour me dire qu’elle vient passer deux jours à Paris et elle me propose de la rencontrer. Embarras. Je n’en ai aucune envie et comme j’ai encore moins envie de me justifier, je préfère ne rien répondre.
Elle me relance deux jours plus tard, jour de son arrivée. Je ne vois pas trop l’intérêt d’aller boire un verre ensemble, nous avons quand même des affinités limitées et mon expérience m’a démontré que ça n’amenait au mieux qu’à une perte de temps, au pire qu’à une rencontre désagréable. Et, des fois que ça ne suffise pas, en plus de ne pas être un rendez-vous galant, tout me laisse penser qu’elle ne sera même pas à mon goût physiquement : je devine une fille assez quelconque, un peu masculine et avec des kilos en trop. Je ne vois pas ce que j’irais faire dans cette galère.
Malgré tout, l’idée faisant son chemin et culpabilisant tout de même un peu de ne pas lui répondre, je finis par me dire qu’il est un peu injuste au fond de discriminer une fille précisément gentille alors qu’il m’est arrivé d’accepter d’en rencontrer qui l’étaient nettement moins, simplement parce qu’elles étaient plus intéressantes. Et je n’ai pas envie de favoriser quelque part le mépris sur des valeurs humaines que je défends en premier lieu, à savoir un certain mélange de bienveillance et de sincérité globales envers les autres. Nous sommes alors vendredi. N’ayant rien de prévu le soir même, je me convaincs que ça peut tout de même être amusant, que je n’ai pas grand-chose à perdre si ce n’est du temps, et je décide de lui envoyer un SMS en fin d’après-midi pour accepter sa proposition. Je suis laconique : « Quand voudrais-tu boire un verre ? » et je signe. Elle me répond un peu plus tard et me propose 20h dans un quartier qui l’arrange. J’accepte. Et puis, elle décale d’une demi-heure. Ce sera donc 20h30.
Une fois n’est pas coutume, j’arrive pile à l’heure. Elle me prévient qu’elle est en retard, du coup je m’installe à la terrasse chauffée d’un bar que je trouve aux alentours, je me commande à boire et je l’attends.
Elle me fera poireauter ainsi vingt minutes ! Vingt minutes à siroter tout seul mon demi-pêche, et sentant mon enthousiasme s’étioler un peu au fil des minutes.
Puis finalement, elle arrive. Ma surprise est totale : elle est absolument ravissante. Elégante et féminine. Avec un joli sourire, un charme indéniable. Comme je me suis installé à une rangée de tables où les fauteuils en osier sont alignés côte à côte, elle s’assoit à côté de moi à mon grand plaisir. La discussion est simple et naturelle mais je ne me remets pas de ma surprise. Moi qui partait à reculons à ce rendez-vous, me voilà en compagnie d’une délicate jeune femme toute mince, super mignonne et au sourire ravageur…
Au bout d’une bonne heure, nous nous levons parce qu’elle a prévu d’aller au cinéma avec une copine (qui poireaute à son tour dans un autre coin de Paris, M. étant à nouveau sérieusement en retard). Nous nous quittons dans le métro après un singulier dernier échange de regards et je rentre chez moi un peu troublé par une si charmante rencontre. Assurément, si on parle de l’existence d’un « déclic » lors d’une première rencontre, on peut dire qu’il fut entier ici, ce qui ne m’arrive pas si souvent. Ce sera la leçon pour cette rencontre dont il n’y a rien à attendre, et je m’estime gâté. Vu l’absence d’enjeu, je n’ai pas de raison d’être précautionneux avec elle et je lui envoie par SMS mes impressions :

Sa réponse (dont on peut d’ailleurs percevoir par la forme ce que j’entendais par « manque d’affinités »…) me laisse perplexe : a-t-elle reçu mon SMS ? J’estime avoir déjà répondu à la question donc je ne réponds rien. Fin de l’aventure pour moi.

Il n’est pas loin de minuit lorsque je reçois un nouveau SMS de la demoiselle :

Alors là, je suis étonné. J’imagine l’emploi du temps tout de même saturé de la demoiselle en mini-week-end de deux jours, à jongler entre ses amis pour les voir, et je suis surpris et flatté qu’elle veuille caser une heure ou deux pour que l’on se revoie. Je ne vois pas trop le but de la chose, la demoiselle n’étant pas du genre flirtouilleuse, mais j’ai du mal à dire non à une fille aussi charmante et j’accepte. Par contre, il lui faudra être un peu plus ponctuelle parce que je n’aurai pas la patience de la veille pour l’attendre.
Le lendemain matin, samedi, elle me propose 14h au même endroit. D’accord. Deux heures plus tard, elle décale d’une demi-heure. Hum, cela fleure le déjà-vu.
Cette fois, je fais exprès de ne pas me dépêcher et grand bien m’en prend parce qu’une dizaine de minutes avant l’heure de notre rendez-vous, j’ai droit à un SMS qui me prévient qu’elle sera en retard d’un quart d’heure. Hum… Je suis agacé à l’idée que je me serais encore retrouvé à l’attendre si j’avais fait l’effort d’être à l’heure. Elle brode sur un serveur de restaurant qui a tardé à lui servir son déjeuner. Eh bien c’est parfait, avec mon propre retard, nous arriverons en même temps ! Je sors du métro à 14h45 et je pars en direction du bar de la veille. Il pleut à verse et je n’ai pas pris de parapluie. Je retrouve la terrasse chauffée et je m’installe à une table libre. Mon téléphone sonne, c’est M. qui m’annonce qu’elle n’est toujours pas arrivée mais me promet d’être là d’ici dix minutes. Cette fois, je ne prends pas de conso.
Vingt minutes s’écoulent et elle n’est toujours pas là… Il est désormais 15h10 pour un rendez-vous à 14h30… Je ne suis pas du genre difficile mais je commence à me sentir idiot, il y a quand même des limites, jolie fille ou pas. Je me lève et je pars.
Affaire réglée, histoire terminée. Je ne suis pas spécialement énervé, juste un peu las par le moisi de la situation. Cinq minutes plus tard, je suis déjà dans le métro lorsque je reçois un SMS de la part de M. :

Je crois que « lol » est approprié…
Quarante-cinq minutes de retard mais heureusement, elle s’est « dépêchée ». Et encore mieux, c’est moi qui ai à subir des reproches. Je n’ai aucune envie de rentrer dans une querelle stérile, pour moi l’affaire est close. Je lui dis quand même ce que j’en pense, de manière concise (inutile de rentrer dans de grandes envolées lyriques) :


Voilà, tout est de ma faute, elle s’est sacrifiée pour moi. On se croirait dans un mauvais feuilleton… Le coup du mec qui culpabilise sa femme parce qu’il ne la trouve pas assez méritante pour tous les cadeaux qu’il lui a fait mais qu’accessoirement elle ne lui avait jamais demandés. Mon dieu…
Malgré le pathétique épisode qui se joue, je ne suis pas d’humeur énervée ce jour-là. Bien que je trouve qu’elle dépasse les bornes, ça me laisse même assez indifférent et je veux bien prendre ses SMS pour un coup de sang irréfléchi. Puisque cela ne fait qu’un quart d’heure qu’elle est arrivée au bar, que je suis encore dans le métro et que je suis prêt à négocier la paix, je consens à faire un premier pas dans sa direction en envisageant de faire demi-tour :

Vous aviez connu l’époque où lorsque vous arriviez abusivement en retard, votre rendez-vous se faisait la malle et ne manquait pas de vous engueuler ensuite. Aujourd’hui, c’est renversé : non seulement c’est vous qui poireautez comme un imbécile mais c’est encore vous qui vous faites engueuler lorsque vous fichez le camp, excédé…
J’ignore comment je fais pour réussir à me retrouver dans des situations pareilles, c’est assez déconcertant. Inutile de s’épancher plus longtemps, j’ai acquis au fil de ces dernières années un capacité à tourner les pages absolument remarquable. Dans des sables mouvants, rien ne sert de gesticuler. Fin de l’histoire, j’ai déjà la tête dans la suite de mon week-end et ça vaut mieux comme ça.

Mais du côté de M., l’histoire ne semble pas terminée… Non contente de m’avoir radicalement envoyé chier en dernière instance, j’ai le droit toute l’après-midi à un cocktail de SMS qui oscillent entre l’apaisement et les injures :

« Adios », là je crois que c’est terminé ! Evidemment que je ne réponds rien et que je laisse couler, cette fille peut aller au diable. Et nous avons mieux à faire de nos vies que d’épiloguer éternellement sur ce pathétique épisode.
Mais j’ai parlé trop vite, il semble qu’elle ait encore de la ressource : à 18h18, elle tente de m’appeler. A 18h29, elle m’envoie un SMS :

Et voilà, la crise d’hystérie est passée, elle s’est calmée toute seule. Tant mieux. Je n’irai pas jusqu’à dire que tout est bien qui finit bien…
Mais arrivé le soir, j’ai quand même le droit à une nouvelle salve de SMS :

Ensuite, à 23h09, elle tente encore de me téléphoner…
Le lendemain dimanche, je reçois quelques SMS dans l’après-midi :

Je vous fais grâce des six mails qu’elle m’a envoyés en parallèle. Arrivé le soir, un peu avant 22h00, sans doute le bouquet final après toute cette décharge de palabres :

J’avoue que la situation me dépasse…
Allez, racontez-moi vos histoires vaseuses, à vous aussi, je suis sûr que vous en avez plein de super.
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